par Habib Souaïdia, auteur de La Sale Guerre, Algeria-Watch, 5 mars 2011
Mon général, je veux vous signifier par la présente que votre règne mortifère est à bout de souffle. Que le monde a changé, que la situation politique et sociale de l’Algérie a changé, que les Algériens ont changé depuis 1992. Les Algériens n’ont plus peur de l’épouvantail islamiste que vous brandissez à chaque occasion pour soumettre le peuple. Au cours des vingt ans que vous avez passés à la tête du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), l’Algérie a payé le prix fort du sang et des crimes économiques et sociaux. Vous êtes le principal responsable des maux de notre pays.
Votre régime de terreur doit prendre fin. Vos jours ont été déjà comptés et vous appartenez désormais au passé. C’est ce qui me permet de vous suggérer de vous rendre à l’évidence et de préparer en douceur votre départ pour éviter un autre bain de sang. Aujourd’hui, vous êtes vieux et malade, vous appartenez à un monde révolu qui n’est plus celui de l’Algérie réelle, celle d’une jeunesse majoritaire et en révolte. C’est pourquoi votre tentative actuelle d’opérer un ravalement de façade de votre système de pouvoir, avec l’aide de pseudo-démocrates, serait un autre crime contre le peuple algérien.
Il est trop tard pour un « ravalement de façade » de votre régime
Pour accaparer à votre profit et à celui de vos obligés les richesses du pays, les revenus de son gaz et de son pétrole, vous avez utilisé votre police politique afin de maintenir notre peuple dans la misère et la hogra. Et vous avez fait torturer et tuer des dizaines de milliers d’hommes et de femmes. La gégène et le chiffon sont devenus vos instruments ordinaires de pouvoir, faisant de vos agents autant de criminels – souvent devenus des psychopathes et des névrosés.
Votre gestion du pays est devenue si désastreuse qu’on peut se demander s’il pourra retrouver un jour ses lettres de noblesse, le respect et sa place éminente dans la sphère des nations. Et si le sort que vous lui préparez n’est pas celui de la Somalie. Vous avez, paraît-il, déclaré à Bouteflika, à Saïd Sadi et à l’ex-Premier ministre Mouloud Hamrouche que « l’Algérie va mal », le DRS ayant fait un sondage auprès du peuple algérien pour mesurer le mécontentement de la rue. Mais les Algériens n’ont pas besoin de sondages du DRS ou de tout autre organe du pouvoir pour connaître leur désarroi. La misère sociale et le sentiment d’injustice s’étalent dans les rues depuis des années. C’est pourquoi les émeutes de janvier 2011 vous ont fait paniquer : plus violentes et massives que celles qui secouent presque quotidiennement le pays depuis dix ans, elles vous ont amené à tenter de « prendre les devants », parce que, en effet, vous risquez gros.
Il y a trois sortes de généraux dans le monde arabe, selon leur place dans l’appareil de pouvoir. Il y a la version des régimes de Ben Ali ou Moubarak, qui n’ont jamais eu affaire à une révolte de grande ampleur de la rue : pris de panique, ils ont multiplié les discours pour tenter de calmer le peuple et de négocier, avant de vouloir faire sortir l’armée dans la rue pour faire peur – mais ses chefs sont restés en retrait. Et il y a la version Nezzar ou Kadhafi, ceux qui ne parlent pas, mais qui tirent sur la foule à balles réelles quand elle les menace. Vous incarnez sans doute la troisième catégorie, variante perverse de la précédente : après avoir usé de la pire violence, avec votre coup d’État de 1992 et le « fleuve de sang » qui a suivi, vous avez instauré la manipulation et le mensonge pour « gérer le peuple ». Pour tenter de mater le peuple qui bouge, le peuple qui vibre, le peuple qui se révolte, le peuple qui hurle son besoin de démocratie, vous avez organisé le simulacre d’une opposition entre des partis clonés et un président cloné.
Depuis votre coup d’État de 1992, on ne voit plus le bout du tunnel. Chaque jour apporte son lot de désolations. Rien n’a changé. Pire, on assiste dix-neuf ans plus tard à un reformatage de la vie politique pour remettre en selle des barons qui ont violé l’intimité de ce pays à la place d’un autre déclinant. Mais tenter un ravalement de façade avec un Mouloud Hamrouche, un Saïd Sadi ou un autre, par des manœuvres déjà mille fois vues pendant les années noires ne changera rien à l’aspiration du peuple au changement radical de la République.
Le peuple algérien ne se contentera pas du départ de Bouteflika, il veut la fin de la police politique qui l’a amené au pouvoir. Et le prétendu bras de fer qui oppose la façade du « pouvoir » algérien incarné par ce dernier à la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNDC) n’est certainement pas la voie pour y parvenir. Certes, au sein de la coordination, il y a des hommes et des femmes qui méritent le respect de tous les Algériens. Mais on pourrait faire remarquer, au regard de sa faible capacité de mobilisation, que cette coordination comprend aussi des éléments visant clairement à tirer vers le bas le mouvement de révolte et qui se distinguent par leur complaisance avec vos desseins.
Car hélas, vos agents sont partout. Pour vous maintenir au pouvoir, vous avez choisi en effet de vous appuyer sur votre police politique, ciment principal d’une alliance rentière et prédatrice, qui a gangrené tout le système politique algérien. Preuve en est le vide politique créé par une décennie sanglante durant laquelle le DRS, par son entreprise de destruction, a privé le pays de toute expression démocratique.
L’intolérable impunité des généraux criminels à la tête de l’ANP
En janvier 1992, une partie du peuple algérien pensait renouer avec l’espoir après le retour du président Boudiaf, puis elle a assisté six mois plus tard à son assassinat en direct. Votre justice aux ordres a ensuite qualifié l’assassinat d’« acte isolé », mais les responsables des services de renseignement chargés de la protection du président ont été promus et mutés vers d’autres unités. Mohamed Boudiaf a payé de sa vie son refus de jouer le jeu de votre mentor, le général Larbi Belkheir. Boudiaf était l’une des figures de la révolution algérienne, mais son histoire ne l’a pas protégé contre vos ambitions : vous avez oublié ce qu’il a été avant, pendant et après la révolution. Puis fut le temps de Liamine Zéroual, un général que vous avez « bricolé » dans vos laboratoires pour en faire un président ; et, encore une fois, cela n’a pas marché. Son mandat s’est achevé avec les massacres de masse de 1997, instrumentalisés par vos services pour le déposer définitivement.
Mon général, sachez que l’intolérable impunité des « forces de l’ordre » a ébranlé le pays au plus profond de son âme. Car elle dit l’extrême violence, la corruption et le chaos qui règnent dans l’Algérie d’aujourd’hui. Pour mesurer l’ampleur du mal, il faut connaître le niveau d’implication de la nouvelle hiérarchie militaire dans les crimes contre l’humanité commis durent la « sale guerre » des années 1990. Toute la chaîne du commandement militaire actuel est composée de criminels, jusqu’au sommet. De surcroît, chacun « touche » à chaque étage, et chaque fois plus. C’est pourquoi un poste élevé au ministère de la Défense et à l’état-major se vend à celui qui à bien « bossé » dans les unités de « lutte antiterroriste ».
Cette lutte antiterroriste, qui a transformé progressivement chaque soldat en animal, a aussi transformé des sous-lieutenants et des lieutenants en lieutenants-colonels. Et elle a promu des chefs de section en commandants de régiment, des lieutenants-colonels en généraux-majors, commandants de région militaire ou commandant des forces terrestres. Et à chaque fête nationale, la presse algérienne nous a gavés des noms d’assassins promus à des grades supérieurs – des hommes que mes années de jeune officier en exercice dans les forces spéciales, de 1990 à 1995, m’ont parfois permis de connaître de près.
L’un de ces militaires, aujourd’hui général-major et commandant des forces terrestres – le second dans la pyramide après Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée – est le général-major Kadour Bendjemil. Cet artilleur, originaire d’Annaba, n’a cessé depuis son arrivée au commandement fin 1993, de se mouler dans le personnage militaire d’un homme qui ne recule devant rien. À l’époque, sa rage purificatrice n’a épargné personne dans son secteur d’intervention de Bouira (le « SOB »). Il a alors constitué une sorte de garde prétorienne composée de quelques officiers et sous-officiers de l’ANP et d’officiers du DRS, pour, d’après ses dires, « rétablir l’ordre » : au hasard des rafles qui avaient lieu, le jour dans les rues, la nuit dans les maisons, de jeunes Algériens étaient entassés dans des fourgons banalisés, enchaînés pour terroriser la foule et montrer comment l’armée traitait ses ennemis. Et beaucoup de soldats, de sous-officiers et d’officiers ont également perdu la vie à cause de la fameuse règle militaire selon laquelle le chef a toujours raison, même s’il a tort.
D’autres noms ? La liste est longue, mon général, de vos officiers criminels occupant aujourd’hui les plus hauts postes de notre ANP ! Je pourrais en citer, hélas, des dizaines… Comme le général Abdelkader Benzerkhoufa, ex-commandant du 11e RIM, régiment d’infanterie mécanisé stationné entre 1993 et 1997 à La Gare Omar (Bouira). Ou le général Noureddine Hambli, parachutiste commandant du 25e régiment de reconnaissance, l’un des responsables du massacre du 5 octobre 1988 à Alger. Ou encore le général-major Habib Chentouf, aujourd’hui commandant de la 1re région militaire ; le général-major Omar Tlemçani, commandant de la 2e région militaire, ex-commandant du 4e régiment de parachutiste (4e RAP) ; le général-major Amar Athamnia, 3e et 6e région militaire, ex-commandant du 12e régiment de para-commandos (12e RAP) ; le général Maamar Boukhenoufa, commandant du régiment d’infanterie mécanisé stationné à l’époque à Dar El-Beida ; le général Tirech, ex-capitaine à l’Académie militaire ; le général Rachid Guetaf, le général Abed Litim, commandant parachutiste, ex-capitaine aux 4e et 18e RAP, aujourd’hui commandant de l’École d’application des forces spéciales à Biskra ; le général-major Saïd Chengriha, ex-commandant de la 1re division blindée puis commandant de la 8e division blindée, aujourd’hui commandant de la 3e région militaire ; ou aussi les pires criminels que sont le général-major Mhenna Djebbar, ex-commandant du CTRI de Blida aujourd’hui chef de la DCSA, le général-major Bachir Tartag ou le général-major Abdelrazek Chérif, parachutiste commandant de la 4e région militaire.
Tous ces généraux ont été et sont toujours les acteurs d’une gigantesque entreprise de prise en otage d’un peuple entier. Avec demandes de rançons, chantage et détresse de dizaines de milliers de familles. De 1992 à 1999, ils ont conduit une « sale guerre » ciblant de manière délibérée des civils désarmés dans les zones sensibles, qui a fait 200 000 morts. Et en 2000 encore, ils ont lancé la terrible opération « Saïf El-Hadjaj » (« L’épée de El-Hadjaj »), dont le nom est le symbole même de la mort et de la terreur pour tous les musulmans. Avec vos pairs, vous avez ainsi mis en œuvre les principes de la « guerre psychologique » tels qu’ils ont déjà été appliqués pendant la guerre de libération par l’armée coloniale française, ou au Viêt-nam et en Amérique du Sud par les militaires américains et leurs alliés. Des méthodes qui incluent le bouclage physique des villes et des villages, la prise en otage de civils, les exécutions extrajudiciaires, l’enlèvement et la torture de toute personne soupçonnée d’appartenir à un groupe d’opposition.
D’où la fameuse question qui vous taraude aujourd’hui, avec vos complices : « Si nous lâchons le pouvoir, nous serons jugés pour crimes contre l’humanité ou crimes de guerre. » Vos généraux ont donc en permanence à l’esprit un kit de survie psychologique, et ils font tout pour respecter le pacte criminel qui les unit.
« DRS, dégage ! »
Aujourd’hui, mon général, en Algérie comme à l’étranger, vos émissaires sont sur tous les plateaux de télévision. Ces charlatans et pseudo-démocrates prétendent nous expliquer « comment devenir des opposants ». Ils veulent nous montrer la voie du « salut » par des discours démagogiques tout droit sortis de vos laboratoires de désinformation. Or que représentent-ils réellement dans la société algérienne ? Est-ce qu’un « démocrate » qui va manifester avec des gardes du corps de la police est crédible ?
Cette comédie peut peut-être abuser encore un temps des médias occidentaux – et français en particulier – qui ont depuis si longtemps renoncé à comprendre la perversité de votre système de pouvoir. Et vous avez su avec efficacité, à coups de prébendes et de désinformation, les encourager en ce sens pour vous soutenir. Mais vous ne pouvez plus abuser l’immense majorité du peuple algérien, qui est parfaitement lucide sur vos crimes et qui ne pense qu’une seule chose : « DRS, dégage ! »
Je sais comme tout le monde que votre souci principal est de ne pas se retrouver devant un tribunal pénal international, pour les crimes que vous avez commis depuis 1991. Chaque Algérien sait aussi que votre poulain Bouteflika est âgé et malade et qu’il a, tout au long de son mandat, abusé des circuits de corruption que vous lui avez laissés. L’affaire Sonatrach, devenue votre cheval de bataille pour brider celui qui prétend contester votre emprise sur ces circuits, est un révélateur de l’état de l’Algérie : de ses inégalités, de ses injustices sociales, de ses déséquilibres institutionnels, des abus d’un président sans contrôle comme de ceux de votre propre clan.
Dans votre régime en fin de règne, ces querelles misérables ne révèlent rien d’autre que la complicité conflictuelle qui vous lie, vous et votre président de façade, pour piller notre peuple. Ainsi, le DRS enquête et met à nu des réalités qui dévoilent les impostures et les mensonges d’un tout petit monde, qui par la faveur de votre pouvoir s’approprie la richesse nationale. On se souvient de ces grands titres de la presse dite « libre », mais très manipulée, qui révèlent telle ou telle affaire et de la fébrilité puis de la panique qui se sont emparées du cercle de votre président… Autant de faux-semblants d’une prétendue « lutte anticorruption » dont le seul objet est de préserver les pires pratiques de corruption.
Voyez par vous-même, mon général : ce qui était impensable il y a encore quelques semaines en Tunisie et en Égypte, peut bientôt se reproduire en Algérie. Des dictateurs ont plié bagage devant la colère de la rue. Mais soyez-en sûr, l’intifada fondatrice ne sera pas organisée par les faux opposants.
J’ignore ce qui va se passer maintenant. Nous avons des jours difficiles devant nous. Tout ce que je sais, c’est que l’Algérie a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes profondément loyaux et intègres, et non pas de ceux qu’on achète et qui se vendent. Des hommes et de femmes qui défendraient la justice et la vérité même si l’univers s’écroulait. Qu’il ne soit jamais dit que les Algériens n’ont rien dit, n’ont rien fait contre la bête immonde qui détruit notre nation. Les événements de ce début d’année 2011 dessinent une trajectoire fatale qu’il faut identifier et contrer pour préserver notre pays. Y a-t-il encore quelqu’un pour écouter la voix d’un Algérien ? Avons-nous peur de nos responsabilités ? Que deviennent-ils, les fils et les filles de l’indépendance ? De la guerre de libération ? L’Algérie est notre mère patrie, elle souffre d’un interminable cancer. C’est pour cela que je propose un congrès de la vraie opposition, une sorte de nouveau Sant’Egidio, parce que nous arrivons à un moment critique de notre histoire, à une époque d’incroyables défis à relever.
dimanche 6 mars 2011
mercredi 23 février 2011
L’échec recommencé ?
Samir Bouakouir*, 22 février 2011
Va-t-on une fois de plus parler d’occasion historique ratée d’imposer un changement démocratique après l’échec de la manifestation du 19 février ?
S’il est vrai que le déploiement impressionnant des forces de sécurité a découragé beaucoup d’Algériens et d’Algériennes susceptibles de rejoindre et d’élargir le champ de la contestation, il est tout aussi vrai que les acteurs de la coordination nationale n’ont, en particulier certains d’entre- eux mus par des ambitions purement partisans, ni la crédibilité ni l’autonomie de décision pour mobiliser de larges couches de la société.
On serait même tenté de voir dans la précipitation à organiser des marches à répétition les éléments d’une opération conçue par les services de renseignements pour désamorcer une contagion possible dans la foulée des événements de Tunisie et d’Egypte. Mettre en avant des sigles de nature à régionaliser la contestation et à provoquer la suspicion, n’est-il pas le meilleur moyen pour le DRS d’empêcher la jonction entre la contestation sociale et l’affirmation politique ?
Sans être atteint de paranoïa politique, de « complotite aigue » ou justifier un quelconque immobilisme, sous-estimer les capacités de manipulation et d’anticipation du DRS peut conduire à des erreurs politiques fatales.
La guerre contre le politique
Après avoir, sous couvert de la lutte antiterroriste, éradiqué toute embryon de vie politique, ne laissant s’exprimer que des appareils politiques intégrés au système rentier et bureaucratique, avec cet avantage de créer une illusion de vie institutionnel pluraliste, le DRS est apparu aux yeux des états européens et de l’Amérique comme le principal organe stabilisateur du système et donc du pays, l’unique rempart à l’islamisme, au chaos et à la contagion terroriste.
Les confidences rapportées par un câble de Wikileaks suite un échange entre un leader politique et le chef du DRS sont révélatrices de la stratégie qui consiste à mener une politique de la terre brulée pour marginaliser ou forcer à l’exil toutes les élites politiques forgées dans le combat démocratique et feindre s’offusquer de l’absence de forces démocratiques ou d’interlocuteurs crédibles ?
La guerre contre la société menée par le DRS depuis le coup d’état de janvier 1992, dont le prolongement de celle menée par le Malg puis la SM, visait à faire de la violence le principe structurant des rapports sociaux et bloquer ainsi tout processus d’autonomisation du politique. La culture de l’émeute sert précisément d’instrument non institutionnel ou non conventionnel de répression des luttes politique et sociales pacifiques.
La grosse supercherie : Le retrait de l’Armée !
Cette stratégie possède un double avantage, en particulier depuis l’intronisation de Bouteflika : d’une part redonner une cohésion interne à l’Armée et anticiper sur d’éventuelles fissures en raison des soupçons qui pèsent sur l’implication de certains parties dans le détournement de deniers publics, des massacres de civils et autres assassinats politiques ; d’autre part offrir des garanties aux partenaires étranger quant au retrait de l’armée de la gestion des affaires politiques en crédibilisant, par de multiples canaux, les affirmations d’un Bouteflika triomphant qui a réussi à « soumettre les généraux ». La finalité de cette conjoncturelle répartition des rôles étant de neutraliser les actions menées par des ONG sur l’exigence de vérité et de justice, et de s’assurer d’une impunité, consacrée dans la dite charte pour la réconciliation nationale de Bouteflika.
Une répartition des rôles que Bouteflika et son entourage ont mis a profit pour s’assurer une liberté d’action et structurer autour de la présidence des clientèles politiques, économique et sociales, réactivant les archaïsmes à l’image des Arouchs et des Zaouïas. La gigantesque manne financière, au lieu de servir le développement, est utilisée pour renforcer ce système clientéliste de prédation. La corruption, en raison de cette aisance financière, ne pouvait qu’atteindre des proportions inimaginables jusqu'à provoquer des réactions chez d’autres clans du régime, s’estimant exclus des circuits de corruption ou pas suffisamment intégrés.
Des luttes féroces pour le contrôle de la rente
La guerre des clans s’organise essentiellement autour du contrôle et de la répartition de la rente. Les enquêtes diligentées sur les malversations que connait Sonatrach témoignent de cette guerre sourde. Les émeutes de janvier, qui, très vite, ont été contenus en cédant une part de la rente par l’annonce de mesures totalement incohérentes et démagogiques, n’obéissant à aucune rationalité économique.
Les événements en Tunisie ont vite été mis entre parenthèse ces luttes internes. La crainte d’un « dérapage dans la société » et d’une insurrection populaire généralisée, que le contexte actuel peut favoriser, a probablement poussé le DRS à agir pour une « trêve interne », tout en prenant la précaution d’encourager ses traditionnels ou nouveaux relais politiques à s’emparer de la contestation pour l’affaiblir, à occuper les médias étrangers, à tenter de se refaire une virginité politique pour certains et pour d’autres se construire une image d’opposant, quitte à faire dans le surenchère et occuper le champ sémantique de l’opposition historique.
L’après-Bouteflika est ainsi différé pour éviter les risques d’un tsunami populaire qui risquerait de tout emporter. L’objectif étant de se donner le temps de réunir les conditions politiques d’un changement de façade tout en neutralisant les acteurs autonomes du changement radical et pacifiques.
Samir Bouakouir
Ancien dirigeant du FFS.
Membre du CALD (Collectif Algérien pour la liberté et la démocratie)
Va-t-on une fois de plus parler d’occasion historique ratée d’imposer un changement démocratique après l’échec de la manifestation du 19 février ?
S’il est vrai que le déploiement impressionnant des forces de sécurité a découragé beaucoup d’Algériens et d’Algériennes susceptibles de rejoindre et d’élargir le champ de la contestation, il est tout aussi vrai que les acteurs de la coordination nationale n’ont, en particulier certains d’entre- eux mus par des ambitions purement partisans, ni la crédibilité ni l’autonomie de décision pour mobiliser de larges couches de la société.
On serait même tenté de voir dans la précipitation à organiser des marches à répétition les éléments d’une opération conçue par les services de renseignements pour désamorcer une contagion possible dans la foulée des événements de Tunisie et d’Egypte. Mettre en avant des sigles de nature à régionaliser la contestation et à provoquer la suspicion, n’est-il pas le meilleur moyen pour le DRS d’empêcher la jonction entre la contestation sociale et l’affirmation politique ?
Sans être atteint de paranoïa politique, de « complotite aigue » ou justifier un quelconque immobilisme, sous-estimer les capacités de manipulation et d’anticipation du DRS peut conduire à des erreurs politiques fatales.
La guerre contre le politique
Après avoir, sous couvert de la lutte antiterroriste, éradiqué toute embryon de vie politique, ne laissant s’exprimer que des appareils politiques intégrés au système rentier et bureaucratique, avec cet avantage de créer une illusion de vie institutionnel pluraliste, le DRS est apparu aux yeux des états européens et de l’Amérique comme le principal organe stabilisateur du système et donc du pays, l’unique rempart à l’islamisme, au chaos et à la contagion terroriste.
Les confidences rapportées par un câble de Wikileaks suite un échange entre un leader politique et le chef du DRS sont révélatrices de la stratégie qui consiste à mener une politique de la terre brulée pour marginaliser ou forcer à l’exil toutes les élites politiques forgées dans le combat démocratique et feindre s’offusquer de l’absence de forces démocratiques ou d’interlocuteurs crédibles ?
La guerre contre la société menée par le DRS depuis le coup d’état de janvier 1992, dont le prolongement de celle menée par le Malg puis la SM, visait à faire de la violence le principe structurant des rapports sociaux et bloquer ainsi tout processus d’autonomisation du politique. La culture de l’émeute sert précisément d’instrument non institutionnel ou non conventionnel de répression des luttes politique et sociales pacifiques.
La grosse supercherie : Le retrait de l’Armée !
Cette stratégie possède un double avantage, en particulier depuis l’intronisation de Bouteflika : d’une part redonner une cohésion interne à l’Armée et anticiper sur d’éventuelles fissures en raison des soupçons qui pèsent sur l’implication de certains parties dans le détournement de deniers publics, des massacres de civils et autres assassinats politiques ; d’autre part offrir des garanties aux partenaires étranger quant au retrait de l’armée de la gestion des affaires politiques en crédibilisant, par de multiples canaux, les affirmations d’un Bouteflika triomphant qui a réussi à « soumettre les généraux ». La finalité de cette conjoncturelle répartition des rôles étant de neutraliser les actions menées par des ONG sur l’exigence de vérité et de justice, et de s’assurer d’une impunité, consacrée dans la dite charte pour la réconciliation nationale de Bouteflika.
Une répartition des rôles que Bouteflika et son entourage ont mis a profit pour s’assurer une liberté d’action et structurer autour de la présidence des clientèles politiques, économique et sociales, réactivant les archaïsmes à l’image des Arouchs et des Zaouïas. La gigantesque manne financière, au lieu de servir le développement, est utilisée pour renforcer ce système clientéliste de prédation. La corruption, en raison de cette aisance financière, ne pouvait qu’atteindre des proportions inimaginables jusqu'à provoquer des réactions chez d’autres clans du régime, s’estimant exclus des circuits de corruption ou pas suffisamment intégrés.
Des luttes féroces pour le contrôle de la rente
La guerre des clans s’organise essentiellement autour du contrôle et de la répartition de la rente. Les enquêtes diligentées sur les malversations que connait Sonatrach témoignent de cette guerre sourde. Les émeutes de janvier, qui, très vite, ont été contenus en cédant une part de la rente par l’annonce de mesures totalement incohérentes et démagogiques, n’obéissant à aucune rationalité économique.
Les événements en Tunisie ont vite été mis entre parenthèse ces luttes internes. La crainte d’un « dérapage dans la société » et d’une insurrection populaire généralisée, que le contexte actuel peut favoriser, a probablement poussé le DRS à agir pour une « trêve interne », tout en prenant la précaution d’encourager ses traditionnels ou nouveaux relais politiques à s’emparer de la contestation pour l’affaiblir, à occuper les médias étrangers, à tenter de se refaire une virginité politique pour certains et pour d’autres se construire une image d’opposant, quitte à faire dans le surenchère et occuper le champ sémantique de l’opposition historique.
L’après-Bouteflika est ainsi différé pour éviter les risques d’un tsunami populaire qui risquerait de tout emporter. L’objectif étant de se donner le temps de réunir les conditions politiques d’un changement de façade tout en neutralisant les acteurs autonomes du changement radical et pacifiques.
Samir Bouakouir
Ancien dirigeant du FFS.
Membre du CALD (Collectif Algérien pour la liberté et la démocratie)
vendredi 18 février 2011
Pourquoi le président Bouteflika doit-il passer la main
Par : Farid Alilat ( éditorial publié le 6 février)
EDITORIAL. La scène se passe le 09 juillet 1999 à la résidence d’Etat Djenane El Mithak, sur les hauteurs d’Alger. Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, élu 3 mois plus tôt, reçoit la crème de la presse internationale. Pendant plus de deux heures, le président assure le show et répond à toutes les questions. Interrogé sur son élection contestée d’avril 1999, Bouteflika répond qu’il n’est pas homme à vouloir s’accrocher au pouvoir.
Bouteflika dans le texte : « Oh, vous savez, vous vous trompez complètement si vous pensez que je suis là pour un fauteuil. J'ai fait une traversée du désert de vingt ans et on m'a propose des responsabilités très importantes, y compris celle de chef de l'Etat, et je les ai écartées. Donc, je ne suis pas la...je n'exerce pas le pouvoir pour le pouvoir. »
Quelle semble lointaine cette profession de foi de Bouteflika !
En juillet 1999, il disait ne pas vouloir s’accrocher au fauteuil présidentiel. En février 2011, il s’y accroche encore.
En juillet 1999, il confessait ne pas vouloir s’accrocher à ce fauteuil, en novembre 2008, il n’a pas hésité à amender la constitution de son pays, celle-là même qui limitait l’exercice présidentiel à deux mandats, pour s’offrir un troisième mandat avec un score brejnévien : 90,24 % des suffrages.
Il ne suffisait pas à Bouteflika d’être mal élu en avril 1999, une fois que tous les autres candidats se soient retirés de la course, il ne lui suffisait pas non plus de traficoter les urnes en avril 2004, avec le grand concours de son ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni, pour être réélu à un deuxième mandat. Il lui fallait encore tricher en avril 2009 pour obtenir le score de 90,24 % des suffrages. Mais avant cela, il lui fallait aussi violer la constitution de 1996.
Quelle semble lointaine cette profession de foi de Bouteflika du 09 juillet 1999 dans laquelle il disait : « Si vous pensez que je suis là pour un fauteuil. »
Ne dit-on pas que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Maintenant que la « révolution du Jasmin » a balayé le pouvoir dictatorial du président Ben Ali, à l’heure où celui de Hosni Moubarak vacille en Egypte, la question du maintien du président Bouteflika se pose ouvertement.
En Algérie, des partis d’opposition, des syndicats autonomes, des personnalités de la société civile, de simples citoyens, n’hésitent pas désormais à demander le départ du chef de l’Etat pour permettre une véritable transition démocratique.
Certains n’hésitent pas à demander à l’armée, celle-là même qui a permit à Bouteflika de revenir au pouvoir et de s’y maintenir, de prendre ses responsabilités devant l’histoire. C'est-à-dire défaire Bouteflika de ses fonctions.
Rien n’est moins faux que de prétendre que l’Algérie est aujourd’hui assise sur une poudrière. Rien n’est moins erroné que de présager que le pays risque de subir dans un proche avenir les mêmes soubresauts révolutionnaire que ceux que la Tunisie voisine a connus récemment ou que l’Egypte vit à l’heure actuelle.
Que le système politique algérien soit sensiblement différent de celui de la Tunisie ou de l’Egypte n’enlève en rien au fait que l’Algérie présente aujourd’hui tous les symptômes, tous les ingrédients, tous les germes, d’un pays au bord de l’explosion. Pour illustrer le propos, il suffirait juste de rappeler que l’Algérie a connu en 2010 pas moins de 11 000 émeutes. Les dernières, entre le 4 et le 11 janvier 2011, ont fait 5 morts.
Que l’Algérie soit nettement plus riche, immensément plus riche, que la Tunisie ou l’Egypte - ce qui laisserait croire que les dirigeants algériens pourraient indéfiniment acheter la paix sociale grâce aux pétrodollars -, n’enlève en rien au fait qu’en Algérie, aussi bien qu’en Tunisie, en Egypte ou au Yémen, la grogne, le ressentiment, le rejet se focalisent autour d’un seul homme : le président de la République.
En Algérie, en l’occurrence, celui-ci porte un nom : Abdelaziz Bouteflika.
Alors la question se pose : faut-il oui ou non que Bouteflika se démette ? Faut-il oui ou non que Bouteflika accepte de céder le pouvoir au risque, s’il se refuse, de plonger le pays dans une tourmente imprévisible ? Faut-il oui ou non que Bouteflika passe la main ?
Oui ! Il est temps, avant qu’il ne soit trop tard, que le chef de l’Etat algérien passe la main, qu’il organise une véritable transition démocratique qui permettrait au pays d’éviter une révolution à la tunisienne, à l’égyptienne.
C’est qu’après douze années passées à la tête du pouvoir, Bouteflika est devenu un vieil autocrate. Disons le franchement, au risque de soulever un tombereau de commentaires, Bouteflika n’est pas un dictateur. Il n’est pas non plus un despote à l’image de Khadafi, de Saddam ou de Kim Jon-Il. Bouteflika est simplement un autocrate.
Malade, démuni, effacé, cet homme âgé de 73 ans, concentre aujourd’hui tous les pouvoirs entre ses mains. En vertu de la révision constitutionnelle de novembre 2008, il a supprimé le poste de chef de gouvernement pour le remplacer par celui de Premier ministre, transformant ainsi celui-ci en simple factotum.
En vertu de cet amendement, décidé par la seule volonté d’un homme, et avec la bénédiction et l’assentiment de la hiérarchie militaire, toutes les prérogatives dévolues au chef du gouvernement sont transférées au siège de la présidence. Or celle-ci est devenue une coquille vide.
Vous voulez une preuve ? La présidence de la république est dépourvue de chef de cabinet ou de directeur de cabinet. Depuis quelques années, c’est le chef de protocole de Bouteflika qui sert de chef de cabinet, de majordome, bref d’homme à tout faire. C’est peu dire que le président Bouteflika s’est saisi de tous les pouvoirs.
Jamais depuis l’ouverture démocratique instaurée en Algérie à fin des années 1980, un chef d’Etat algérien n’a autant privatisé le pouvoir, n’a autant concentré entre ses mains tous les leviers de commande.
Il ne suffisait pas à Bouteflika d’être président, il est devenu au fil du temps son propre Premier ministre, son ministre des Affaires étrangères, le patron de la télévision. Il est même arrivé jusqu’à suppléer aux fonctions du Parlement en usant et en abusant des ordonnances présidentielles. A tel point que l’Assemblée nationale est devenue une caisse de résonance. Bref, une assemblée croupion.
C’est donc cet homme âgé, malade ; ce président qui n’a plus la force de communiquer directement avec son peuple, qui s’accroche encore à son fauteuil ! Quelle gloire pourrait donc grappiller Bouteflika en s’y agrippant ? !
Il n’y aucune gloire à faire valoir au crédit d’un président lorsque celui-ci entame ses douze années au pouvoir avec ce slogan : « Dégage ! »
Le moment est venu pour que cet homme passe la main.
Alors SVP Mr. Bouteflika : DÉGAGE
lundi 14 février 2011
Témoignage : « Moi, Manel, 25 ans, tabassée par les flics mais fière d’avoir manifesté à Alger »
Les images ont tourné en boucle sur les chaînes internationales. Elles ont illustré d’innombrables articles de la presse de la planète. Ces images sont celles de ces hommes et de ces femmes molestés par la police algérienne lors de la manifestation qui s’est déroulée samedi 12 février à Alger. Parmi ces personnes interpellées, rudoyées, maltraitées par la police, il y avait Manel, 25 ans, venue manifester pacifiquement. DNA a recueilli son témoignage. Le voici brut.
« J’ai 25 ans et j’ai toujours vécu en Algérie. J’ai un diplôme universitaire et je travaille pour une multinationale. Avec quelques amis, j’ai convenu de prendre part à la marche du 12 février. Pour l’Algérie et pour la liberté d’expression.
Aucun de nous n’appartient à une mouvance politique quelconque et nous savons pertinemment que le régime en place restera même si, demain, Boutef dégage. Nous voulions juste nous exprimer et demander un minimum de justice sociale.Samedi matin, nous descendons donc des hauteurs d'Alger, à pied. Mon père, une amie et moi, avons convenu de retrouver des amis, du moins, deux d’entre eux, au niveau de la place du 1er mai.Il est 9 h 30 et nous nous dirigeons vers ce « début » de rassemblement qui s'est formé lorsque deux femmes policiers m'interpellent en me demandant si j'étais journaliste. Elles m'emmènent dans une cage d'escalier, me fouillent, fouillent mon sac et trouvent deux petits drapeaux d'Algérie. Elles me demandent alors pourquoi je les ai sur moi.Je réponds que je suis algérienne et que j'ai le droit de me trimballer avec le drapeau de mon pays si tel est mon désir. Elles demandent pourquoi aujourd'hui spécialement. Je dis que je le fais tout le temps.Elles décident de m'embraquer au commissariat. Mon père tient à venir avec moi. Je demande à ma copine de partir. Au commissariat, on nous enlève nos papiers à mon père et à moi, puis on nous installe dans un pseudo couloir avec d'autres personnes qui ont été arrêtées avant nous.D’autres personnes arrivent. Elles sont parquées avec nous. Personne n'a voulu nous dire pourquoi nous étions là. Personne ne voulait non plus nous informer de la suite des événements. On nous demandait juste de fermer nos gueules. (Bellâou femmkoum !)Quelques instants plus tard, la copine qui était avec moi et à qui j’avais demandé de partir nous a rejoint. Elle avait été reconnue dans la rue par l'une des « fliquettes » qui m'avait embarquée. D'autres femmes arrivent. Elles étaient de tous les milieux sociaux.Certaines portaient le foulard, d’autres pas. L’une d’elles était pieds nus parce qu'elle avait perdu ses chaussures durant son arrestation muscléeUne journaliste (je ne sais ni qui elle est, ni pour quel journal elle travaille) s'est vue confisquée sa caméra amateur et son sac. Nous n'avions pas le droit d'utiliser nos téléphones. Une jeune femme est arrivée. Elle a sorti son téléphone pour prévenir son mari qu'elle était au commissariat.Un policier l’a violemment tirée par les cheveux dès qu’il s’en ai rendu compte. La pauvre a traversé toute la pièce, ainsi, tirée par les cheveux. Ensuite, le même flic, voyant mon père à côté de moi, l’a forcé à se lever et à rejoindre les hommes.J'ai protesté en disant que je voulais rester avec mon père et qu'il n'avait pas à le tirer comme ça. Le flic m'a poussé et m'a demandé de la fermer.Dès qu’il est parti, nous nous sommes mises à chanter des chants patriotiques. « kassaman », « min djibalina », et autres « djazayer horra dimoqratiya ». Des femmes flics arrivent. Elles sont plus méchantes et plus virulentes que les hommes.Elles nous forcent à nous asseoir et à la fermer en gesticulant comme des barbares alors qu'il n'y avait dans la salle que des étudiantes, un médecin, une journaliste, une avocate, deux dames d'un certain âge, des militantes pour les droits de la femme ainsi que d’autres femmes avec lesquelles je n’avais pas discuté.Des femmes civilisées, éduquées et instruites qui étaient là pour marcher pour l'Algérie.Nous n’avons pas arrêté de chanter, de lancer des youyous, de taper dans les mains. On leur a vraiment foutu de l'ambiance. Le flic qui avait bousculé mon père est revenu et le prend par la gorge.Une autre femme est plaquée contre le mur. Un policier avait jugé que c’était elle qui menait la pseudo rébellion. Nous commençons alors à crier à l’injustice.Les femmes flics sont revenues encore plus virulentes qu'avant. Elles nous traitent comme du bétail. Avant, je me disais que c'était bien qu’en Algérie des femmes puissent avoir des postes actifs dans la police. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’était pas une aussi bonne idée que ça.Nous continuons à chanter. Les flics ayant marre de nous voir chanter et protester, ils ont tout fait pour nous libérer rapidement.Ils m’ont relâchée, mais iIs ont gardé mon père. Je peux donc aller manifester le temps qu'ils le relâchent. Relâchée, j’ai retrouvé mes amis, près des arrêts de bus de la place du 1er mai, face aux brigades anti-émeute. Nous scandons nos slogans et les gens nous suivent.Même ceux qu'on a tendance à considérer comme des « Aâraya » (des va-nu-pieds). Sur la Place, il y a des hommes, des femmes, des jeunes, et des moins jeunes, tous unis.Les flics nous chassent, mais nous faisons le tour de l’immeuble et nous sommes revenus place du 1er mai. On s'est assis par terre. On a chanté, tapé des mains mais ça a commencé à dégénérer lorsque des supporters de Boutef arrivent pour taper sur les gens. Des voleurs de portables se sont infiltrés parmi les manifestants pacifistes.Nous quittons la place du 1er mai. Je repars au commissariat chercher mon père. Là, ils ne savent pas où ils l'ont transféré (ou ils ne veulent pas me le dire).J'ai dû faire 3 commissariats de la capitale pour le retrouver. Heureusement en un seul morceau. Ils l’ont bien traité (il n'est plus tout jeune). Ils lui ont fait passer une visite médicale avant de lui faire signer un PV et de relâcher. Il est resté dans un commissariat de 9h30 jusqu’à 18h.Ce que je retiens de cette journée du samedi 12 février :
- Les femmes se sont serrées les coudes au commissariat. A aucun moment elles ne se sont laissées intimider Nous avons milité même enfermées.
- Pour le rassemblement, j'ai constaté qu'il y avait des badauds qui nous avaient rejoins, comme quoi l'info ne circule peut-être pas assez bien. Ils nous avaient d’abord pris pour des « arouch » mais quand on leur a expliqué qu'on était juste des jeunes qui en avaient marre, ils se sont ralliés à nous.
- J’ai l'impression que désormais, il faudra parler de « l'après 12 février ». Même si ce qu'on a fait était minime, on sait que c'est possible. Les jeunes sont là, prêts à affirmer leurs positions.
- Ce n’est pas parce qu'ils veulent que nous ayons zéro avenir que nous avons perdu espoir.
La matraque, ça suffit!
Il ne leur suffisait pas d’interdire la marche. Il ne leur suffisait pas de déployer 30 000 policiers autour d’Alger. Il ne leur suffisait pas de couper les routes, fermer le trafic ferroviaire, dresser des barrages routiers pour empêcher les Algériens de marcher, de manifester. Il leur fallait encore mieux.
Il leur fallait encore donner des ordres à des policiers, femmes et hommes, pour molester, humilier, bastonner, insulter les manifestants.
Des responsables irresponsables, des boutefeux, des costumés planqués dans leurs bureaux au ministère de l’Intérieur, au siège de la police nationale, des irresponsables en costume, rivés à leurs écrans de transmission, l’oreille scotchée au téléphone, donnaient des ordres pour mater la manifestation.
Il leur fallait encore donner des ordres à des policiers, femmes et hommes, pour molester, humilier, bastonner, insulter les manifestants.
Des responsables irresponsables, des boutefeux, des costumés planqués dans leurs bureaux au ministère de l’Intérieur, au siège de la police nationale, des irresponsables en costume, rivés à leurs écrans de transmission, l’oreille scotchée au téléphone, donnaient des ordres pour mater la manifestation.
De leurs bureaux capitonnés, des responsables ont donné, donnait en temps réel, des ordres, des instructions, aux policiers pour sévir. Sévir, bien plus que contenir.
Les témoignages livrés par ceux et celles qui ont été interpellés ce samedi 12 février lors de la manifestation choquent autant qu’ils révoltent. Les brutalités policières exercées à Alger, mais aussi à Oran, sur les manifestants choquent autant qu’elles soulèvent un sentiment d’indignation aussi bien en Algérie, en France, au Canada, en Italie, qu'aux Etats-Unis.
Les images diffusées par les chaînes internationales, ces images publiées sur les sites internet, sur Facebook, sur Twitter, dans la presse internationale, ces images ne laissent aucun doute sur le comportement des policiers algériens.
Ces policiers se sont comportés d’une manière méprisable, ignoble. Inadmissible. Si on peut comprendre que ces hommes et ces femmes ne faisaient qu’obéir aux ordres de leurs supérieurs, on ne peut pas moins récuser, condamner, un tel comportement.
C'est qu'on ne peut admettre, on ne saura jamais accepter, que des policiers puissent humilier, insulter, tabasser, offenser des Algériens simplement parce que ces Algériens veulent exercer leur droit à manifester dans leur pays. A exprimer librement leurs opinions dans leurs pays.
Ce samedi 12 février, la police algérienne a été transformée bien plus qu’en un auxiliaire de la répression.
Ce samedi 12 février, des responsables irresponsables, ont livré une image pitoyable, piteuse, indécente, de la police algérienne.
HONTE A CE RÉGIME
mardi 8 février 2011
Algérie, la mobilisation de l’opposition en février 2011 : qui marche avec qui ?
par Habib Souaïdia, 4 février 2011
Depuis les émeutes de janvier 2011, grâce à la presse algérienne et internationale, le docteur Saïd Sadi, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), est devenu en quelques jours le plus grand « opposant » de l’Algérie indépendante ! Ce retour fracassant d’un parti ultraminoritaire sur la scène politique algérienne, où il développe un soudain activisme en direction des Algériens et de la communauté internationale, est-il le fruit du hasard ou une nouvelle conspiration contre le peuple algérien ? A-t-on oublié le soutien résolu du RCD au coup d’État militaire de 1992 ? A-t-on oublié sa pleine approbation de l’état d’urgence décrété en février 1992 et toujours en vigueur à ce jour ? A-t-on oublié le silence assourdissant de ce parti et sa complaisance face aux massacres, à la torture, aux exactions extrajudiciaires et aux multiples violations des droits de l’homme perpétrées lors de la « sale guerre » conduite par les chefs de l’armée contre la population ? A-t-on oublié que le RCD a contribué, dès 1994, à la création de milices ayant multiplié les exactions ? A-t-on oublié les liens historiques entre ce parti, créé en 1989, et le Département de renseignement et de sécurité (DRS), commandé depuis vingt ans par le général Mohamed Médiène, dit « Toufik » ? Comment pourrait-on aujourd’hui donner crédit à un parti qui, depuis quelques années, prétend s’afficher comme « opposant » au régime des généraux, au seul motif que ceux-ci l’ont écarté parce qu’il ne leur servait plus à grand-chose, et alors même qu’il n’a jamais renié sa complicité avec les crimes contre l’humanité commis par certains secteurs de l’armée et par le DRS dans les années 1990 ?
Tandis que les partis politiques de la fausse opposition, et à leur tête le RCD, lorgnent vers le pouvoir incarné par le général Toufik et mesurent la distance qui les en sépare encore, leurs militants souvent désabusés ont des doutes, à force de regarder passer, de leur plateforme trop immobile, les révoltes bruyantes des « inorganisés ». Sitôt qu’un mouvement social se développe, ces partis ne peuvent pas ignorer toute cette force qu’ils ne contrôlent pas. Mais on ne renie pas si facilement une organisation. Surtout quand elle a servi, comme le RCD, depuis plus de vingt ans, un régime d’oppression, d’abord activement, puis dans une prétendue opposition sans conséquence. D’où la tentative du RCD de jouer le cheval de Troie au sein du fragile mouvement d’opposition réelle qui tente aujourd’hui de se structurer en soutien à la colère du peuple.
Je sais que je vais déplaire à certains de mes compatriotes et à beaucoup d’amis, mais je préfère être franc qu’hypocrite. Je n’ai rien, bien au contraire, contre la marche qui va être organisée à Alger le 12 février 2011 par des militants des droits de l’homme, des syndicats autonomes et divers membres de la société civile, mais je suis contre le jeu de rôles qu’essaye d’y jouer le RCD.
Je n’ai pas envie de changer une démocratie de façade par une autre. Comme tout Algérien, je veux un changement réel qui nous débarrassera définitivement de notre funeste police politique, le DRS, le seul vrai pouvoir, celui qui organise à son profit le pillage de nos richesses et qui fabrique la hogra. Or, manifester avec le RCD, c’est comme manifester avec le DRS.
Pour certains, cela veut dire qu’il s’agit comme toujours d’un jeu du pouvoir qui utilise les Algériens les uns contre les autres. Je dirais plutôt au RCD et à ses semblables de jouer cartes sur table et de dire pour une fois aux Algériens la vérité. Qu’ils nous expliquent pourquoi ils ne se sont jamais sérieusement mobilisés pour soutenir les victimes des violations des droits de l’homme de la décennie noire, qu’il s’agisse des victimes de l’armée ou des groupes armés se réclamant de l’islamisme ! Qu’ils nous disent qui a applaudi l’arrivée de Bouteflika à la tête de l’État en 1999, alors que la vraie opposition a dénoncé dès le départ le fait qu’il n’était que la « vitrine » des généraux ! Qui à des députés dans les assemblées désignées et non élues ?
Vous savez bien que tout est faux en Algérie : faux président, fausse presse libre, faux partis, faux députés, fausse opposition. Il n’y a que le DRS qui est réel. Et il est tellement réel que le docteur Saïd Sadi a même eu le privilège de rencontrer récemment le général Toufik en tête à tête, pour lui dire que « l’Algérie va mal ». Merci, général Toufik, pour votre franchise ! Il n’y a que vous qui puissiez s’immiscer comme un voleur de poules dans les organes dits « d’opposition », pour tenter de casser ceux qui sont à la pointe des combats démocratiques.
Une telle réalité révèle aussi que les faux opposants et les faux démocrates, dès lors qu’ils accèdent à des fonctions de responsabilité dans l’appareil d’État, ne peuvent que devenir des antidémocrates et dévoiler leur fourberie. C’est l’une des raisons pour laquelle je ne m’associe pas avec le diable. Il ne suffit pas de se proclamer opposant pour être un démocrate et un patriote.
"L’humour, arme de choc des manifestants égyptiens"
Les Observateurs de France 24 y ont justement consacré un billet >
"L’humour, arme de choc des manifestants égyptiens"
"L’humour, arme de choc des manifestants égyptiens"
lundi 7 février 2011
Moubarak, l'homme le plus riche du monde?
Selon des informations du Guardian, la fortune de la famille Moubarak serait de l'ordre de 40 à 70 milliards de dollars. Soit autant, voire plus que Carlos Slim et Bill Gates.
C'est une nouvelle qui ne va pas aider à reconstruire l'image du président égyptien. Selon le quotidien britannique The Guardian, la famille Moubarak serait à la tête d'une fortune estimée entre 40 à 70 milliards de dollars. Loin des 5 milliards prêtés à la famille Ben Ali, en Tunisie.
Ce magot est bien caché. Le très informé magazine américain Forbes, ne cite pas Moubarak comme l'une des 1000 premières fortunes du monde, ni même comme l'une des premières d'Egypte. Selon Forbes, les deux plus grandes fortune du mondesont le mexicain Carlos Slim et l'américain Bill Gates, avec chacun environ 53 milliards de dollars.
Pour amasser une telle somme, le clan Moubarak aurait bénéficié d'une corruption endémique lors de chaque investissement extérieur. Selon les informations du Guardian, le pouvoir égyptien exigerait systématiquement une joint-venture avec un partenaire local à hauteur de 20% pour une implantation dans le pays. Bien informé, le président a pu ainsi s'offrir des participations a peu de frais dans des investissements les plus lucratifs.
De même, ABC News, une chaine de télévision australienne, affirme que le fils de Moubarak aurait spéculé sur la dette souveraine de son pays depuis les années 1980. Avec l'argent récolté, il se serait offert d'immenses terrains militaires qu'il aurait revendu ensuite à des investisseurs.
Aujourd'hui, une grande partie de l'argent serait placé dans des banques suisses et anglaises. Par ailleurs, la famille Moubarak possède nombre de propriétés dans plusieurs pays du monde, et des participations dans des entreprises égyptiennes liées à l'Etat ou l'armée.
Selon un professeur de l'université de Princeton, cité par le Guardian, ce mode d'accumulation de richesse est "un modèle appliqué par d'autres dictateurs du Moyen-Orient afin que leur richesse ne soit pas saisie au cours d'un changement de pouvoir. Ces dirigeants prévoient ce cas."
En Egypte, 40% de la population vivrait avec moins de trois dollars par jour, alors que le PIB s'élève à 138 milliards d'euros en 2009.
lundi 31 janvier 2011
"#egypte" banni des réseaux sociaux chinois
La Chine veut éviter une contagion de la contestation égyptienne sur le Web. Depuis samedi 29 janvier, les autorités ont demandé aux portails Internet ou aux sites de micromessagerie, équivalents chinois de Twitter, de ne plus faire apparaître le résultat du mot clé "Egypte".
Si un internaute chinois lance cette recherche sur un site comme Sina ou Sohu, le message suivant apparaît : "Selon les lois en vigueur, le résultat de votre recherche ne peut être communiqué." Le blocage demeure effectif lundi. Si les internautes tapent le mot-clé en anglais, ils semblent pouvoir accéder aux résultats.
Avec plus de 450 millions d'internautes, la Chine est aussi adepte des réseaux sociaux. Si Twitter est surveillé en Chine, les sites de micromessagerie locaux réunissent des dizaines de millions d'utilisateurs.
DES MESURES SIMILAIRES EN 2009
Sur les chaînes de télévision ou dans la presse, le traitement médiatique est minimal : les troubles en Egypte ne font l'objet en Chine que de brèves notices, presque essentiellement rédigées par les organes de presse officiels. Selon le Wall Street journal, même les commentaires laissés par les internautes après ces quelques articles sont soigneusement filtrés.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la Chine met en place de telles mesures. Le pays, qui dispose avec son "Great Firewall", d'un important système de filtrage du Net, avait aussi bloqué l'accès à Twitter et Facebook, lors de révoltes dans la région du Xinjiang, en 2009.
jeudi 27 janvier 2011
COMMUNIQUE DE PRESSE
Pressions du Département de Renseignement et de la Sécurité (DRS, ex-Sécurité Militaire) sur le SNAPAP à la suite de la création de la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie en Algérie
Paris, le 26 janvier 2011
Le CISA est informé de source sûre que le DRS accentue en ce moment même la pression sur le Snapap (Syndicat National Autonome des Personnels de l'Administration Publique) et ce depuis la réunion du vendredi 21 janvier dernier qui a donnée naissance à la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie.
Cette coordination, qui regroupe des syndicats autonomes, des associations et des partis politiques, se donne pour but de former un front uni afin de répondre à la crise sociale, économique et politique que traverse l'Algérie et dont les émeutes récentes sont la plus directe illustration. Les signataires de l'appel issu de cette rencontre exigent notamment la levée de l'état d'urgence, le respect des droits constitutionnels et la libération des émeutiers arrêtés ces dernières semaines. La réunion du vendredi 21 s'était déroulée dans les locaux du Snapap à Alger (dans la nouvelle Maison des syndicats).
Il est clair que les généraux du DRS qui contrôlent réellement le pays ne sont pas prêts à accepter la moindre ouverture démocratique. Ainsi, très ouvertement, le DRS est intervenu auprès de militants du Snapap et de certaines sections pour essayer d’obtenir des informations sur leurs activités actuelles et sur la Coordination Nationale.
Il s'agit évidemment d'une tentative d'intimidation qui vise à étouffer dans l'œuf la création de tout cadre démocratique dans lequel pourraient s’exprimer pacifiquement les forces sociales en Algérie.
Inquiet par la dégradation de la situation sociale et la montée des mécontentements, le DRS menace directement les syndicalistes autonomes du Snapap.
Nous dénonçons de tels procédés et nous exigeons qu'ils cessent immédiatement!
Nous alertons l’opinion publique internationale, exigeons l’arrêt immédiat de ces manœuvres d’intimidation et des pressions policières qui s’exercent contre les forces démocratiques autonomes en Algérie.
Nous réitérons notre solidarité avec toutes ces forces autonomes démocratiques, en particulier avec le Snapap et les autres syndicats libres.
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