lundi 31 janvier 2011

"#egypte" banni des réseaux sociaux chinois



La Chine veut éviter une contagion de la contestation égyptienne sur le Web. Depuis samedi 29 janvier, les autorités ont demandé aux portails Internet ou aux sites de micromessagerie, équivalents chinois de Twitter, de ne plus faire apparaître le résultat du mot clé "Egypte".


Si un internaute chinois lance cette recherche sur un site comme Sina ou Sohu, le message suivant apparaît : "Selon les lois en vigueur, le résultat de votre recherche ne peut être communiqué." Le blocage demeure effectif lundi. Si les internautes tapent le mot-clé en anglais, ils semblent pouvoir accéder aux résultats.

Avec plus de 450 millions d'internautes, la Chine est aussi adepte des réseaux sociaux. Si Twitter est surveillé en Chine, les sites de micromessagerie locaux réunissent des dizaines de millions d'utilisateurs. 
DES MESURES SIMILAIRES EN 2009
Sur les chaînes de télévision ou dans la presse, le traitement médiatique est minimal : les troubles en Egypte ne font l'objet en Chine que de brèves notices, presque essentiellement rédigées par les organes de presse officiels. Selon le Wall Street journal, même les commentaires laissés par les internautes après ces quelques articles sont soigneusement filtrés.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la Chine met en place de telles mesures. Le pays, qui dispose avec son "Great Firewall", d'un important système de filtrage du Net, avait aussi bloqué l'accès à Twitter et Facebook, lors de révoltes dans la région du Xinjiang, en 2009.

jeudi 27 janvier 2011

COMMUNIQUE DE PRESSE


Pressions du Département de Renseignement et de la Sécurité (DRS, ex-Sécurité Militaire) sur le SNAPAP à la suite de la création de la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie en Algérie
Paris, le 26 janvier 2011
Le CISA est informé de source sûre que le DRS accentue en ce moment même la pression sur le Snapap (Syndicat National Autonome des Personnels de l'Administration Publique) et ce depuis la réunion du vendredi 21 janvier dernier qui a donnée naissance à la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie.
Cette coordination, qui regroupe des syndicats autonomes, des associations et des partis politiques, se donne pour but de former un front uni afin de répondre à la crise sociale, économique et politique que traverse l'Algérie et dont les émeutes récentes sont la plus directe illustration. Les signataires de l'appel issu de cette rencontre exigent notamment la levée de l'état d'urgence, le respect des droits constitutionnels et la libération des émeutiers arrêtés ces dernières semaines. La réunion du vendredi 21 s'était déroulée dans les locaux du Snapap à Alger (dans la nouvelle Maison des syndicats).
Il est clair que les généraux du DRS qui contrôlent réellement le pays ne sont pas prêts à accepter la moindre ouverture démocratique. Ainsi, très ouvertement, le DRS est intervenu auprès de militants du Snapap et de certaines sections pour essayer d’obtenir des informations sur leurs activités actuelles et sur la Coordination Nationale.
Il s'agit évidemment d'une tentative d'intimidation qui vise à étouffer dans l'œuf la création de tout cadre démocratique dans lequel pourraient s’exprimer pacifiquement les forces sociales en Algérie.
Inquiet par la dégradation de la situation sociale et la montée des mécontentements, le DRS menace directement les syndicalistes autonomes du Snapap.
Nous dénonçons de tels procédés et nous exigeons qu'ils cessent immédiatement!
Nous alertons l’opinion publique internationale, exigeons l’arrêt immédiat de ces manœuvres d’intimidation et des pressions policières qui s’exercent contre les forces démocratiques autonomes en Algérie.
Nous réitérons notre solidarité avec toutes ces forces autonomes démocratiques, en particulier avec le Snapap et les autres syndicats libres.

dimanche 23 janvier 2011

Manifestations en Algérie : « Le pays est miné de toute part »

Interdite par le pouvoir, la manifestation organisée ce samedi par le RCD, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (ce parti n'a rien à voir avec le RCD tunisien) a été durement réprimée. Dès vendredi, pour contenir la foule, de nombreux barrages de police ont été installés dans la capitale. Le quotidien El Watan indique que le trafic ferroviaire a été suspendu et les routes de Boumerdès et Tizi-Ouzou bloquées.


La manifestation n'a finalement pas eu lieu. En fin de matinée, devant le siège du RCD, l'impressionnant cordon de police a d'abord empêché les manifestants de sortir de l'immeuble avant de disperser avec violence ceux qui ont tenté d'avancer.


« Algérie libre ! »

D'après le RCD, 40 personnes ont été blessées dont deux grièvement. Le chef régional du RCD à Bejaia, Reda Boudraa, a été blessé à la tête après avoir reçu un coup de bâton. Un député de Tizi-Ouzou a également été malmené par la police. Arrêté, il a été relâché dans l'après-midi.
Le gouvernement a annoncé que sept policiers avaient été blessés durant les affrontements avec les manifestants. (Traduction des slogans scandés en arabe : « Algérie libre ! », « pouvoir assassin » et « pouvoir terroriste, Bouteflika et Ouyahya », « Bouteflika dehors ! »)
Depuis le balcon de l'immeuble du parti assiégé par la police, Saïd Saadi, le leader du RCD, a appelé à la poursuite du combat. Annoncée la semaine dernière par le chef du parti, la marche avait pour objectif de réclamer la dissolution de toutes les institutions élues et surtout la levée de l'état d'urgence, en vigueur depuis 1992.
Il s'agit de la première grande manifestation depuis les émeutes du début du mois dont les revendications portaient davantage contre la vie chère et le chômage. Pour contenir la population, le gouvernement avait alors annoncé la baisse des prix des produits de grande nécessité. Mais la contestation ne faiblit pas dans le pays : elle se politise et commence à s'étendre.

Une autre manifestation prévue

Parallèlement, la répression grandit et se manifeste aussi sur le Net, nouvelle terreur des régimes autoritaires. En début d'après-midi, le site officiel du RCD a ainsi disparu des écrans. Les difficultés d'accès au réseaux sociaux (Facebook, Twitter) font soupçonner une tentative de censure des autorités.
Un appel à manifester contre l'état d'urgence le 9 février prochain –date anniversaire de son entrée en vigueur – a été lancé par plusieurs syndicats et partis politiques, dont le RCD.
En occupant ainsi le terrain des manifestations, le RCD, parti très critiqué pour sa participation au gouvernement en 1999, semble avoir trouvé le moyen de faire oublier son passé controversé mais ne convainc pas tout le monde. Ce samedi, durant la manifestation, quelques dizaines de jeunes ont crié des slogans hostiles à Saïd Saadi, lequel a dénoncé l'infiltration d'adversaires politiques dans la manifestation.

« Le pays est miné de toute part »

Le FFS, le Front des forces socialistes, parti d'opposition qui a boycotté les élections législatives de 2007 puis les présidentielles de 2008, n'y participera pas. Karim Tabbou, premier secrétaire du parti, explique les raisons :
« Nous avons bien sûr dénoncé les interdictions des manifestations mais nous pensons que la situation du pays mérite un travail plus sérieux, un travail de fond. On sait qu'il y aura des étapes rudes et difficiles dans la marche vers la démocratie, mais le FFS ne veut pas simplement faire de l'agitation.
Je le dis dans la douleur. En Algérie, les forces autonomes ne sont pas assez nombreuses pour impulser ce changement. Une partie importante de notre élite n'a pour objectif que d'aller vers la rente.
– Mais le peuple algérien veut du changement ; il y a un effet “contagion” ?
– C'est une contagion au niveau sentimental dans le sens où les Algériens veulent que ça bouge mais ils ne font plus confiance à grand monde. Pas même au FFS.
La société civile est atomisée, les syndicats aussi. Les conditions ne sont pas réunies pour que l'impulsion vienne de là. En Tunisie, 1 000 avocats se sont rassemblés et ont décidé de façon commune de faire grève. En Algérie… on a conscience que le pays est miné de toute part mais toutes les agitations ne vont pas forcément dans le sens de la démocratie.
On ne peut pas prétendre vouloir le changement et prendre ses informations auprès de patron des renseignement [allusion à une rencontre entre Saïd Saadi et le patron du DRS, Département de renseignement et de sécurité algérien, révelée par Wikileaks]. »
S'il leur est difficile de se structurer en un front unique, les opposants au régime de Bouteflika, toujours plus nombreux, se rejoignent sur l'essentiel : l'expérience tunisienne leur fait espérer une très proche victoire de la démocratie en Algérie.






dimanche 9 janvier 2011

Solidarité avec les jeunes révoltés d’Algérie et de Tunisie

CISA: COMITÉ INTERNATIONAL DE SOUTIEN AU SYNDICALISME AUTONOME ALGÉRIEN


COMMUNIQUÉ



En Algérie et en Tunisie, la situation sociale se tend dramatiquement, révélant à l’opinion mondiale la profondeur du désespoir de jeunesses écrasées par des dictatures parmi les plus répressives de la planète.
L’écœurement de larges catégories de populations, privées de droits et de perspectives par des régimes corrompus, s’exprime par des suicides, des émeutes et la destruction de symboles d’États policiers.
Face aux revendications de leurs jeunesses, les dictatures algérienne et tunisienne opposent une répression sanglante. Et la violence qui se déchaîne contre la jeunesse bénéficie de la complicité des gouvernements occidentaux et des habituels donneurs de leçons démocratiques, silencieux ou se cantonnant à de très timides manifestations de « préoccupation ». Cette complicité avec des régimes criminels est inacceptable. Elle disqualifie ceux qui prétendent défendre les droits de l’homme en Chine, en Iran ou au Vénézuéla, tout en soutenant avec constance, depuis des décennies, ces deux régimes maghrébins qui, sous des formes différentes, ont adopté le modèle néolibéral autoritaire, marqué par l’arbitraire et l’exclusion.
Ce modèle a pour effet de structurer les inégalités, de précipiter des catégories entières de travailleurs dans la précarité et de généraliser la misère. Les jeunes Algériens et Tunisiens, pour la plupart d’entre eux, n’ont d’autre avenir que le chômage ou l’exil. Leur combat contre l’oppression, pour la liberté et la démocratie est le combat de tous ceux qui aspirent à un monde meilleur.
Le Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA) appuie leurs revendications et leur volonté de changement.
Le CISA se tient résolument aux côtés des forces sociales de progrès en Tunisie et en Algérie. Leur combat est le nôtre.
Le CISA soutient toutes les initiatives de solidarité avec les peuples algériens et tunisiens.
Vive la jeunesse algérienne et tunisienne !
Vive la liberté et la justice !

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

samedi 25 décembre 2010

Algérie. L’impossible justice transitionnelle

par François Gèze et Salima Mellah, Algeria-Watch, 22 décembre 2010
Version française de l’article à paraître in Nadya Nedelsky et Lavinia Stan (dir.), The Encyclopedia of Transitional Justice, Cambridge University Press, New York, 2012.
En janvier 1992, l’interruption par un coup d’État militaire des premières élections législatives pluralistes de l’Algérie indépendante, remportées par le Front islamique du salut (FIS), a déclenché une terrible guerre civile, cause jusqu’en 1999 de quelque 200 000 morts, de 20 000 « disparus » et des déplacements forcés de plus de 1,5 million de personnes. Le commandement militaire a instauré un état d’urgence toujours en vigueur dix-huit ans plus tard. Le Parlement a été dissout, la Constitution gelée et le président de la République contraint à la démission. Sous prétexte de lutte contre la subversion, toute l’opposition, islamiste ou non, a été anéantie ou mise au pas.
Depuis l’élection en avril 1999 du président Abdelaziz Bouteflika, la paix civile est en apparence revenue, mais les chefs militaires ont continué à exercer en sous-main la réalité du pouvoir derrière la « façade démocratique ». Malgré les demandes de victimes, d’organisations de défense des droits humains et d’organes de l’ONU, les autorités algériennes ne veulent pas entendre parler de justice transitionnelle ou d’enquêtes indépendantes visant à établir la vérité sur les crimes commis. Les termes de la loi sur la « concorde civile » de 1999, comme ceux de la loi de « réconciliation nationale » de 2006, traduisent surtout la volonté d’occulter la responsabilité de l’État dans un grand nombre de crimes considérés comme des « crimes contre l’humanité » par un expert de l’ONU en octobre 2007, lors d’une session du Comité des droits de l’homme sur Algérie. Ces lois font surtout fonction d’autoamnistie pour les responsables militaires et policiers responsables de violations massives des droits humains, tandis que la grande majorité des membres des groupes armés se réclamant de l’islam échappent également à la justice.

La « sale guerre » des années 1990

Après le putsch du 11 janvier 1992, fomenté par le commandement militaire, une partie de l’opposition islamiste s’est engagée dans la lutte armée contre un régime qu’elle considérait comme illégal. Une répression sauvage s’est abattue sur l’Algérie, qui a vécu pendant des années au rythme des attentats, des massacres, des exécutions extrajudiciaires et des disparitions forcées. Dès 1992, des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées par les forces de sécurité, déportées dans des camps de concentration, torturées, exécutées ou victimes de disparitions forcées. À partir de 1994, face aux maquis des « Groupes islamiques armés » (GIA) et de l’« Armée islamique du salut » (AIS), des milices ont été mises en place et les faux groupes armés islamistes contrôlés par les agents des services secrets de l’armée (le Département du renseignement et de la sécurité, DRS) ont fait la guerre aux maquisards ainsi qu’aux populations civiles suspectées de sympathie pour ces derniers.
À partir de 1996, des massacres collectifs attribués aux GIA (désormais entièrement contrôlés par le DRS) provoqueront le déplacement forcé de plus de 1,5 million de personnes. Cette phase de la guerre contre-subversive conduite par les chefs de l’armée – selon le modèle de la « guerre moderne » conceptualisée par les militaires français lors de la guerre d’indépendance algérienne – a atteint son summum en 1997-1998 à Raïs, Bentalha, Sidi Youcef, Sidi-Hamed, Rélizane, etc., où chaque tuerie a fait des dizaines ou des centaines de morts. Revendiquées par les GIA, ces massacres étaient liés à une terrible lutte au sommet du pouvoir et n’ont progressivement cessé qu’après la démission forcée en septembre 1998 du général-président Liamine Zéroual et son remplacement par Abdelaziz Bouteflika, désigné par le commandement militaire. Élu en avril 1999 lors d’un scrutin truqué, il a fait approuver par référendum, en septembre de la même année, la loi dite de « concorde civile », sensée ramener la paix dans le pays, en amnistiant sous certaines conditions les membres de groupes armés. Son prédécesseur avait quant à lui déjà promulgué en 1995 une loi de clémence (« rahma ») allant dans le même sens.
À partir de 1999-2000, les violences ont nettement diminué, mais plusieurs attentats spectaculaires sont survenus en 2007-2008, revendiqués par le Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC, successeur en 1998 des GIA et comme eux soupçonné par de nombreux spécialistes d’être manipulé par le DRS). Jusqu’en 2010, des militaires périssent régulièrement dans des embuscades et des miliciens sont tués, tandis que les « forces de sécurité » arrêtent des suspects, détenus arbitrairement, torturés et maintenus au secret pendant des semaines ou des mois.
Les généraux responsables du coup d’État en 1992 ne sont plus en fonction début 2010, à l’exception de l’omnipotent Mohammed Médiène, alias « Tewfik », chef du DRS depuis septembre 1990 et considéré comme le véritable maître du pays. Ses principaux partenaires (et parfois concurrents), les généraux Mohammed Lamari et Khaled Nezzar, ont été écartés, tandis que son bras droit à la tête du DRS, le général Smaïl Lamari, est décédé en août 2007 et le général Larbi Belkheir en janvier 2010. Mais les « jeunes loups » de l’armée et du DRS occupent toujours des postes clés au cœur du pouvoir et sont actifs dans les affaires et les jeux d’influences ; tous réclament pour services rendus leur part des revenus des circuits de corruption – et, s’ils ont été trop ouvertement impliqués dans la « sale guerre », des garanties d’impunité.
La responsabilité des « forces de sécurité » et de leurs chefs – souvent nommément identifiés par des centaines de témoignages – dans les violations massives et systématiques des droits humains commises au nom de l’État est largement établie. S’agissant des crimes (massacres, viols dans les maquis, attentats à la bombe…) attribués aux groupes armés se réclamant de l’islam – et souvent revendiqués par eux –, l’implication de leurs chefs et de leurs exécutants est également certaine, même si leur indépendance réelle est mise en cause. De nombreux témoignages, tant de rescapés que d’anciens membres des services de sécurité, confirment en effet la responsabilité des chefs du commandement militaire et du DRS dans nombre de ces crimes, du fait de leur recours massif aux techniques d’infiltration et de manipulation. Et dans tous les cas, aucune enquête indépendante ou investigation judiciaire sérieuse n’a établi l’identité des véritables commanditaires des crimes commis depuis 1992.
Car la justice algérienne n’est pas indépendante. Les magistrats sont mis au pas ou révoqués à la moindre incartade, les témoins intimidés ou corrompus et les suspects menacés. Les seuls membres des forces de sécurité qui ont été condamnés l’ont été pour insubordination, délits criminels ou dans le but de les écarter des institutions auxquelles ils appartenaient. Aucun n’a été condamné pour torture lors d’un interrogatoire ou pour avoir liquidé un suspect, pratiques courantes pendant de longues années. Pourtant, dans le douloureux dossier des disparitions forcées, nombre de responsables d’enlèvement, membres du DRS, de l’armée ou de la police et des milices, sont connus nommément des familles de victimes, qui n’ont pas hésité à les désigner dans leurs tentatives de dépôt de plainte. L’implication de ces organes dans les enlèvements est cependant officiellement occultée.
Les premières victimes de la violence d’État qui ont osé demander publiquement des comptes aux autorités sont les mères et épouses de disparus. À partir de l’automne 1997, après la grande vague des enlèvements suivis de disparitions de la période 1994-1996, les familles ont pris conscience qu’elles n’étaient pas seules, que ces disparitions étaient massives et systématiques – entre 8 000 et 20 000 selon les sources – et qu’ensemble elles devaient affronter l’espace public. Dans les premiers rassemblements timides, les familles demandaient que les disparus soient relâchés ou présentés devant la justice. Mais rapidement, elles ont revendiqué le droit à la vérité sur le sort des leurs. Et plus elles ont pris de l’assurance, bravant les interdictions de manifestation et la répression des forces de l’ordre, plus elles ont exigé avec insistance que les responsables de ces enlèvements soient jugés.
À force de courage et d’obstination, ce mouvement de protestation, très majoritairement composé de femmes – parmi lesquelles des mères de famille qui n’avaient que rarement quitté jusque-là leur domicile –, bien que persécuté par les autorités, s’est révélé capable d’affronter l’hostilité ambiante. Et elles n’ont pas hésité à s’adresser directement aux commanditaires de ces enlèvements. En novembre 1998 par exemple, l’Association nationale des familles de disparus a écrit une lettre ouverte au chef d’état-major de l’armée à l’époque, le général-major Mohamed Lamari, celui-là même qui avait ordonné à ses forces spéciales en avril 1993 : « Les islamistes veulent aller au paradis. Qu’on les y emmène et vite, je ne veux pas de prisonniers, je veux des morts ! » Le moteur de la revendication de vérité et justice, ce sont ces femmes. Il leur fallait d’abord conquérir la reconnaissance de leur droit à l’existence, alors que jusque-là, elles étaient – parce que majoritairement voilées – considérées comme des mères de terroristes, la plupart des victimes étant des islamistes.
Les premiers questionnements des médias occidentaux et des représentants de la communauté internationale sur le rôle des agents de l’État dans cette violence sont apparus au moment des massacres de masse de 1997. Dans des villages et quartiers situés dans des régions très fortement militarisées (principalement dans l’Algérois), quadrillées par les milices et l’armée, des hordes d’assaillants ont pu massacrer des civils en toute quiétude, des heures durant. Les quartiers étaient bouclés par les militaires, qui n’intervenaient pas et bloquaient l’arrivée des secours. Les Algériens étaient choqués et révoltés et beaucoup, malgré les risques de poursuites, ont crié leur révolte en accusant le pouvoir de laisser massacrer les leurs – voire d’orchestrer directement ces tueries par l’entremise d’islamistes manipulés. Pour les « généraux décideurs », ces cris d’alarme ne devaient pas être entendus à l’extérieur du pays, d’autant plus que la revendication d’une enquête internationale indépendante visant à établir les faits et les responsabilités commençait à faire son chemin. Il ne fallait surtout pas que l’ONU s’empare du sujet et que des journalistes curieux puissent enquêter sur place.
Face à cette levée de boucliers, le régime algérien a engagé à la fin de 1997 une mobilisation médiatique et diplomatique sans précédent. Grâce à ses soutiens dans la communauté internationale, principalement en France, il a pu éviter que les rapporteurs spéciaux de l’ONU visitent le pays. Et il a réussi un coup de maître, avalisé par le secrétaire général de l’ONU, qui a mandaté une délégation de personnalités internationales, présidée par l’ancien président portugais Mario Soares, pour une simple « visite d’information » en Algérie en juillet 1998. Dès son arrivée, le programme de ce « panel » a été pris en main par les représentants de l’État. Les visites guidées sur les lieux de massacres ne pouvaient qu’aboutir à la seule mise en cause des terroristes islamistes, sans le moindre questionnement sur leurs commanditaires et en ignorant presque totalement les agissements clandestins des forces de répression. En conséquence, les conclusions du panel ont parfaitement correspondu aux attentes du régime, se limitant à quelques frileuses recommandations, notamment sur la question des disparitions forcées.
Depuis lors, fort de cette caution onusienne de personnalités qui ont accepté de rester sourdes aux exigences de vérité, le pouvoir algérien a réussi à imposer dans l’opinion internationale la représentation dominante de cette décennie de sang, celle de l’absolue barbarie des islamistes, contrée par les méthodes inévitablement un peu rudes de l’État. À coups de falsifications, d’intimidations et de promesses d’indemnisations des familles démunies, les disparitions forcées – malgré leur caractère massif et organisé, justifiant la qualification de crimes contre l’humanité – ont été présentées comme des dépassements regrettables mais individuels de membres de forces de l’ordre dépassés par les événements.
Mais si la responsabilité de l’État dans les disparitions forcées a ainsi été officiellement reconnue du bout des lèvres, la question de son implication dans les massacres de masse reste en revanche à ce jour un tabou absolu.

Impossible justice transitionnelle et simulacres de justice

Parallèlement au combat des familles de victimes des forces de sécurité, s’est affirmé celui, tout aussi légitime, des familles de victimes du terrorisme revendiqué par les groupes armés se réclamant de l’islam. Mais très tôt, celui-ci a fait l’objet de sournoises instrumentalisations. La première organisation de victimes du terrorisme a ainsi été créée par le pouvoir dès 1994, suivie d’autres. Contrairement aux associations de familles de disparus, elles ont presque toutes été officiellement reconnues : pour contrer les revendications des victimes de la répression d’État, les autorités ont mis en avant ces autres victimes pour promouvoir l’idée, largement reprise par les médias algériens, que la violence proviendrait exclusivement des « terroristes islamistes ».
Ces organisations se sont laissées embarquer dans cette stratégie, mais au bout du compte, mis à part quelques indemnisations, leurs revendications n’ont pas été prises en compte. Malgré tout, certains de leurs membres voulaient la vérité sur les violations commises par de présumés islamistes et que les coupables soient jugés. Cela ne pouvait être accepté du pouvoir, car des procédures judiciaires rigoureuses auraient ébranlé sa thèse d’un « terrorisme islamiste » seul responsable de la « décennie rouge », en mettant à jour l’implication du DRS dans la manipulation de ce terrorisme.
Le point commun entre les victimes, c’est leur revendication de vérité et de justice. Alors que les procès de « terroristes » étaient rares jusqu’en 2007, ils se sont multipliés depuis : des centaines de personnes ont ainsi été inculpées, jugées et condamnées, mais ont-elles réellement commis les crimes qui leur sont imputés ? Les enquêtes judiciaires préalables à ces procès n’ont toujours été que des simulacres et, par exemple, la plupart des dizaines d’assassinats politiques emblématiques des années 1990 n’ont pas été élucidés. En particulier ceux des journalistes Tahar Djaout (1993) et Saïd Mekbel (1994), du chef du syndicat national Abdelhak Benhamouda (1997), d’Abdelkader Hachani, numéro trois du FIS (1999), des moines de Tibhirine (1996) ou du chanteur Lounès Matoub (1998). De même, aucun des grands massacres n’a fait l’objet d’une investigation digne de ce nom. Quant aux plaintes pour torture ou enlèvement, elles n’ont jamais, à ce jour, été prises en compte par la justice algérienne. Certaines victimes ont bien essayé de faire inculper pour torture, en France, les généraux Khaled Nezzar (en 2002) et Larbi Belkheir (en 2003), mais leurs plaintes n’ont pas été reçues ou ont été classées sans suite, raison d’État oblige.
Depuis 1999, les autorités algériennes ont cherché à tourner la page de la décennie de sang et à présenter leur pays comme un État de droit, en proie à un terrorisme certes encore virulent, mais « résiduel ». Elles ont voulu faire croire à une pacification grâce à la loi de 1999 sur la « concorde civile » et à celle de 2006 sur la « réconciliation nationale ». L’une et l’autre stipulaient un abandon des poursuites de membres des groupes armés, l’exonération de leur peine ou leur libération de prison s’ils n’avaient pas participé à des massacres collectifs, des attentats à la bombe ou des viols. Mais les modalités d’application de ces dispositions étaient si imprécises que nombre d’observateurs ont estimé que les autorités avaient promulgué ces lois afin notamment d’exfiltrer leurs agents des maquis et de remercier les « repentis » collaborateurs issus des groupes armés. La seconde loi est considérée à juste titre comme une amnistie générale pour les membres des forces de sécurité « toutes composantes confondues », contre qui « toute dénonciation ou plainte doit être déclarée irrecevable par l’autorité judiciaire compétente » (décret de mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale). S’ajoute à cela que toute déclaration non conforme à la version officielle de la « tragédie nationale » est devenue passible d’une peine de prison.
Pour tenter de faire taire les seules voix qui continuent en Algérie à réclamer publiquement la vérité et la justice, en l’occurrence les familles de disparus, l’État a enfin prévu des indemnisations en leur faveur, à condition qu’elles attestent du décès de leur parent et souvent de son appartenance à un groupe terroriste. Nombre de ces familles, découragées mais surtout démunies, ont accepté de se plier à ce diktat, mais certaines continuent leur combat de plus d’une décennie. À ce jour, quelque 6 400 personnes ont reçu une indemnité (de 6 000 euros en moyenne, soit l’équivalent de quarante mois du salaire minimum).
Face à cette situation, souvent considérée comme bloquée et désespérante, certains responsables d’associations de victimes de violations commises par l’État ou par les groupes armés se sont réunis en mars 2007 à Bruxelles pour constituer une « Coalition des associations de victimes » afin d’élaborer des revendications communes. Une initiative assurément positive, puisque, des années durant, tout avait été fait pour diviser les victimes et les dissuader de mener un combat commun.
Annonçant vouloir œuvrer à la mise en place d’une « Commission pour la vérité, la paix et la conciliation », la « coalition » n’a cependant pas défini une stratégie reprenant clairement les demandes de vérité et justice qui ont toujours été celles des victimes. Elle a certes précisé que cette commission devrait être « respectueuse des devoirs de justice, de vérité, de mémoire, de dignité et de réparation ». Mais, s’agissant de « justice », on doit comprendre qu’il s’agit d’une singulière « justice transitionnelle », puisque le mot ne figure pas dans l’intitulé de la commission à créer et que rien n’est dit sur l’éventualité de procédures judiciaires contre les responsables présumés de violations des droits de l’homme.
Faute de définir les conditions dans lesquelles une justice transitionnelle pourrait être envisagée, ce projet peut apparaître comme une simple réforme des propositions émises en la matière depuis 1999 par les décideurs algériens. Ceux-là mêmes, toujours au cœur du pouvoir, qui sont responsables des crimes contre l’humanité commis à leur instigation par les « forces de sécurité » et qui ont amnistié en pratique ceux perpétrés par les groupes armés se réclamant de l’islam. Ces décideurs ont en effet pratiqué à leur manière une sorte de « justice transitionnelle » en promulguant les trois lois de « clémence », de « concorde civile » et de « réconciliation » (1995, 1999, 2006). Le principal point nouveau revendiqué par la coalition est la recherche de vérité, objectif de fait absent pour les instances constituées par le pouvoir.
Tandis que le régime cherche donc à instaurer la paix et la réconciliation à coups d’oukases, la Coalition des associations de victimes semble, elle, préconiser implicitement le modèle de l’« Instance Équité et Réconciliation » (IER), mise en place au Maroc début 2004. Très controversée, celle-ci s’est contentée de répertorier les violations des droits humains commises entre 1956 et 1999 et de rédiger un rapport confidentiel, remis au roi Mohammed VI en novembre 2005. La version publique de ce rapport, elle, ne devait pas mentionner les noms des responsables de crimes et aucune sanction n’a été prévue contre eux. À défaut de justice, une attention particulière a été portée aux réparations en faveur des victimes, préoccupation que l’on retrouve à la fois dans le projet de la coalition algérienne et dans la loi de « réconciliation nationale ». La Coalition des associations de victimes semble ainsi favoriser une solution excluant toute intervention de la justice, ce que prétend justement imposer le pouvoir.
Et force est de constater que la coalition pèche également par son exclusivisme : ses organisateurs ont omis d’associer à leur initiative d’autres militant(e)s des droits humains qui continuent à juger essentielle la revendication de justice, en particulier ceux se revendiquant de l’islam politique, comme d’ailleurs toute personne soupçonnée – à tort ou à raison – de proximité avec ces derniers. Et cela alors même que la majeure partie des victimes des « années de sang » ont été des militant(e)s ou des sympathisant(e)s du Front islamique du salut (FIS).
En janvier 1995, les représentants de ces derniers étaient pourtant partie prenante de la « plateforme de Sant’Egidio », adoptée à Rome par l’ensemble des organisations politiques algériennes d’opposition partageant le « rejet de la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir », le « respect de l’alternance politique à travers le suffrage universel » et la « consécration du multipartisme », et proposant au pouvoir des « négociations » pour mettre fin à la « guerre civile ». Quinze ans après le rejet de ce programme par le pouvoir, comment pourrait-on croire aujourd’hui que l’éviction de ceux qui, se revendiquant de l’islam politique, affirment leur volonté de lutte pour les droits humains universels, puisse déboucher sur une « paix réelle et durable » ?

Conclusion

Si une justice transitionnelle doit intervenir en Algérie, elle ne pourra aboutir à des résultats satisfaisants pour une majorité de victimes qu’à la condition d’être mise en œuvre au cours d’une véritable transition politique vers la démocratie, perspective plus que jamais absente en 2010. Et à l’issue d’une négociation entre acteurs indépendants et intègres, de toutes obédiences, dans le but de trouver ensemble une sortie à la crise durable et acceptable par le plus grand nombre.

vendredi 17 décembre 2010

Le câble de WikiLeaks qui n’a été publié nulle part en Algérie : la corruption va jusqu’aux frères de Bouteflika

« Les frères du président Boutflika, Saïd et Abdelghani Bouteflika, sont de véritables rapaces » C’est ce qu’on lit dans le dernier câble de WikiLeaks daté du 16 décembre 2010, dévoilé hier soir par le quotidien espagnol El Pais, et qui a curieusement été « ignoré » en Algérie. Tout est parti d’une confidence, le 25 Janvier 2008, de Bernard Bajolet, ambassadeur de la France en Algérie (2006-2008), à son homologue et ami des USA, Robert Ford, avec lequel il est très lié depuis une expérience commune à Bagdad. «  La corruption a atteint le sommet le plus haut, en Algérie, et va jusqu'aux frères de Bouteflika. Elle touche désormais de nouveaux pics jamais atteints dans la hiérarchie du pouvoir et interfère avec le développement économique  qu’elle menace désormais". Ford et Bajolet ont évoqué la publication, dans le journal El Khabar, en septembre 2007, d'un article sur le scandale Khalifa dans lequel étaient impliqué deux (Said et Abdelghani) des trois frères de Buteflika et ont conclu que cette parution n’aurait pu se faire « sans la promesse de protection (...) du service d'intelligence algérien ". Si les deux frères sont « authentiques rapaces », les ambassades à Alger ne croient pas, par contre, que le président est « spécialement corrompu ».


Télécharger le document Wikileaks

Vers une grâce posthume de Billy the Kid

Cent-trente ans après sa mort, Billy the Kid, figure mythique de l'Ouest américain, pourrait bénéficier d'une mesure de grâce à titre posthume.
Le gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, a révélé jeudi qu'il étudiait un recours fondé sur une promesse que le gouverneur Lew Wallace aurait faite à Billy en échange de son témoignage dans un procès pour meurtre.
"Parce que je suis fasciné par le riche passé du Nouveau-Mexique, j'ai toujours été intrigué par l'histoire de Billy the Kid et, en particulier, par cette prétendue promesse de pardon qui lui aurait été faite", écrit Richardson dans un communiqué.
Le gouverneur démocrate entend prendre sa décision d'ici la fin de l'année, à l'expiration de ses deux mandats.
Billy the Kid, de son vrai nom Henry McCarty, a été abattu à bout portant par le shérif Pat Garrett en 1881. Il avait à peine vingt ans. Avant sa mort, les journaux, qui lui prêtaient 21 homicides, avaient déjà fait du jeune hors-la-loi une légende de l'Ouest.
Le mythe n'a cessé de grandir, d'abord par un livre écrit par Garrett. Puis la culture populaire américaine s'en est emparée, faisant de Billy the Kid le sujet de chansons, de romans et de films.

mardi 14 décembre 2010

WikiLeaks Qui détient le pouvoir en Algérie ?

Qui détient le pouvoir en Algérie ? Les militaires ou les civils ? Une poignée de généraux qui ont la haute main sur l'armée et les services de renseignements ou le président de la République élu au suffrage universel, Abdelaziz Bouteflika ?


La question continue à diviser les chancelleries étrangères tant le cœur du pouvoir à Alger est impénétrable depuis des décennies. Pour le chef de l'Etat algérien, la réponse est évidente : l'armée algérienne respecte "absolument" l'autorité d'un président qui est un civil et non un militaire. "Ça n'est pas du tout comme en Turquie", assure-t-il lors de  sa première entrevue avec le général William Ward, le chef de l'Africom, la structure de commandement américaine pour l'Afrique, en novembre 2009.
Lorsqu'il revendique devant son interlocuteur d'être au-dessus des militaires, le chef de l'Etat ne s'exprime pas en catimini. Trois généraux de l'Armée nationale populaire (ANP) assistent à l'entretien : celui en charge de la coopération et des relations extérieures, le général Nourredine Mekri, celui qui a le contrôle les transports et la logistique, le général-major Abdehamid Ghriss et, au-dessus d'eux, le ministre de la défense nationale et chef d'état-major, le général Ahmed Gaid-Salah.
"LA MAISON EST MAINTENANT EN ORDRE"
Le président algérien se pose en défenseur de l'armée. S'il admet volontiers qu'elle a pris le pouvoir en janvier 1992 pour empêcher les islamistes d'y accéder par les urnes, il n'y trouve rien à redire, au contraire. Selon le compte-rendu de la rencontre, obtenu par Wikileaks et consulté par Le Monde"M. Bouteflika a fait valoir que l'armée a été contrainte de prendre des mesures drastiques dans les années 1990 pour sauver le pays. Ce fut une période difficile, mais l'ordre constitutionnel a été restauré".
"La maison est maintenant en ordre, souligne-t-il. (...) La seule source de légitimité est la Constitution. Tout le monde peut être candidat à l'élection, conformément à la Constitution, même un général. Il marque une pause, sourit et dit: 'Mais les généraux ont pris la mesure des difficultés et aucun d'entre eux ne s'est encore porté candidat.'"
Dans son commentaire, le diplomate américain note que les généraux présents à l'entretien n'ont pas bronché lorsque M. Bouteflika a affirmé : "Maintenant les militaires obéissent aux civils." Mais il se garde bien de dire s'il a été convaincu par le propos du chef de l'Etat algérien.

jeudi 25 novembre 2010

Si Obama ne peut pas polluer, autant démissionner

Obama pourrait faire un effort. Et circuler avec un avion un brin moins gourmand que son gros Boeing «Air Force One». (Mais, si un Américain ne tenait pas à en avoir un plus gros que les autres, ce ne serait pas un Américain.)
A en croire un verdict écolo tombé hier, Obama est même, question déplacements, le pire président pollueur de la planète. De janvier à octobre 2010, il a volé 150 000 km dans les cieux américains, 50 000 dans d’autres moins étoilés, et a dégagé «20  000 tonnes équivalent CO2», comme on dit sans savoir ce que c’est. Les autres puissants sont loin derrière: 7100 tonnes pour le Mexicain Calderón (2e). 7000 pour l’ex-président brésilien Lula (3e). Ou 2900 pour Sarkozy, 6e.
Goutte dans l’océan
Passionnant. Mais remettons les choses à plat. L’empreinte écologique obamienne ne représente pas un milliardième de celle de son pays. Et il s’est ramassé aux élections de mi-mandat en volant d’Etat en Etat avec son coucou pour tenir des meetings. Qu’est-ce que ça aurait été s’il avait dû voyager à vélo ou en pédalo!

mardi 16 novembre 2010

Où sont détenus Othmane Abdellahoum et Rachid Kebli, enlevés en octobre 2010 ?

Algeria-Watch, 14 novembre 2010
Enlevés respectivement les 16 et 18 octobre 2010, Othmane Abdellahoum et Rachid Kebli, les deux dernières victimes de disparition forcée recensées en Algérie, restent à ce jour introuvables. Il n’y a aucun doute sur l’identité des auteurs de leur kidnapping : encore une fois, le mode opératoire habituel des agents de la police politique, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), permet de leur attribuer ces deux actions.
16 octobre 2010, 19 heures, Aïn Al-Hadjel (wilaya de Msila) : plusieurs hommes armés arrêtent Othmane Abdellahoum, 32 ans, marié et père de deux enfants, à la sortie de son domicile, avant de l’emmener vers une destination inconnue. En février 2007, Othmane Abdellahoum avait déjà été enlevé par le DRS, détenu dans un lieu secret pendant deux semaines et torturé avant d’être présenté devant le parquet du tribunal de Msila, qui l’avait placé alors en détention provisoire. Déféré devant le tribunal de Msila, il avait été acquitté en novembre 2007 et libéré.
18 octobre 2010, 11 heures, Maghnia (wilaya de Tlemcen) : quatre individus en civil, sans un mot, ordonnent sous la menace de leurs armes à Rachid Kebli, un ouvrier de 30 ans arrêté sur son lieu de travail, de monter dans une voiture banalisée immatriculée à Alger (située à 600 kilomètres de là). Le 12 juin 2007, Rachid Kebli avait déjà été enlevé par le DRS, détenu dans un lieu secret pendant quatre mois et torturé avant d’être présenté devant le parquet du tribunal d’Alger, qui l’avait placé alors en détention provisoire. Acquitté par le tribunal criminel d’Alger le 21 mai 2008, il avait été maintenu illégalement en détention avant d’être finalement libéré en décembre 2008.
Dans les deux cas, c’est ensuite l’inconnu… ou plutôt la détention dans l’un des innombrables centres de détention secrète contrôlés par le DRS. Commence alors l’interminable quête des familles qui se rendent à la brigade de gendarmerie ou au commissariat local, puis entreprennent d’innombrables démarches au palais de justice, où même la plus haute autorité judiciaire, le procureur général, est bien incapable de donner des informations sur le lieu de détention de la victime.
Contrairement aux assertions répétées des autorités gouvernementales, les victimes de ces enlèvements par les services du DRS sont bel et bien transférées dans des centres secrets placés hors du contrôle de l’administration judiciaire censée les contrôler. En dépit des dénégations officielles, relayées par le président de l’Institution nationale des droits de l’homme (la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme), Me Farouk Ksentini, et par le chef de la mission permanente algérienne auprès de l’ONU, M. Driss Al-Jazaïri, force est de constater une nouvelle fois que les centres de détention secrète où des victimes de disparition sont torturées et détenues pour des périodes indéterminées existent toujours en Algérie.
Depuis les années 1990, les nombreux témoignages de personnes détenues au secret ont permis de répertorier des dizaines de centres contrôlés par le DRS, à tous les échelons de la hiérarchie, des antennes locales aux centres territoriaux de recherche et d’investigation (CTRI) dans chacune des six régions militaires, jusqu’au cœur de la « machine de mort » située à Alger, à Ben-Aknoun, le fameux « Centre Antar ». Les milliers de « disparus » des années 1990 sont passés en grand nombre par le labyrinthe de ces centres, où ils ont subi d’atroces tortures avant d’être assassinés.
Aujourd’hui, les victimes sont souvent enlevées directement par des agents du DRS du Centre Antar, où ils sont détenus dans des conditions inhumaines et soumis à des tortures. Ils réapparaissent en prison en tant qu’accusés de « soutien au terrorisme », sur la base d’aveux soutirés par la force. S’ils sont libérés, ils sont munis d’un document attestant une garde à vue légale de douze jours ou d’une détention administrative. Dans tous les cas, ils ont subi des menaces afin qu’ils ne témoignent pas des tortures subies.
Algeria-Watch dénonce une nouvelle fois ces graves violations des droits de l’homme de la part de l’État algérien, demande la libération immédiate de Othmane Abdellahoum et Rachid Kebli et appelle les instances internationales compétentes, en particulier le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de l’ONU, à intervenir auprès de l’État algérien pour qu’il mette fin aux disparitions forcées à et aux détentions arbitraires dans des lieux secrets.