mardi 16 novembre 2010

Où sont détenus Othmane Abdellahoum et Rachid Kebli, enlevés en octobre 2010 ?

Algeria-Watch, 14 novembre 2010
Enlevés respectivement les 16 et 18 octobre 2010, Othmane Abdellahoum et Rachid Kebli, les deux dernières victimes de disparition forcée recensées en Algérie, restent à ce jour introuvables. Il n’y a aucun doute sur l’identité des auteurs de leur kidnapping : encore une fois, le mode opératoire habituel des agents de la police politique, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), permet de leur attribuer ces deux actions.
16 octobre 2010, 19 heures, Aïn Al-Hadjel (wilaya de Msila) : plusieurs hommes armés arrêtent Othmane Abdellahoum, 32 ans, marié et père de deux enfants, à la sortie de son domicile, avant de l’emmener vers une destination inconnue. En février 2007, Othmane Abdellahoum avait déjà été enlevé par le DRS, détenu dans un lieu secret pendant deux semaines et torturé avant d’être présenté devant le parquet du tribunal de Msila, qui l’avait placé alors en détention provisoire. Déféré devant le tribunal de Msila, il avait été acquitté en novembre 2007 et libéré.
18 octobre 2010, 11 heures, Maghnia (wilaya de Tlemcen) : quatre individus en civil, sans un mot, ordonnent sous la menace de leurs armes à Rachid Kebli, un ouvrier de 30 ans arrêté sur son lieu de travail, de monter dans une voiture banalisée immatriculée à Alger (située à 600 kilomètres de là). Le 12 juin 2007, Rachid Kebli avait déjà été enlevé par le DRS, détenu dans un lieu secret pendant quatre mois et torturé avant d’être présenté devant le parquet du tribunal d’Alger, qui l’avait placé alors en détention provisoire. Acquitté par le tribunal criminel d’Alger le 21 mai 2008, il avait été maintenu illégalement en détention avant d’être finalement libéré en décembre 2008.
Dans les deux cas, c’est ensuite l’inconnu… ou plutôt la détention dans l’un des innombrables centres de détention secrète contrôlés par le DRS. Commence alors l’interminable quête des familles qui se rendent à la brigade de gendarmerie ou au commissariat local, puis entreprennent d’innombrables démarches au palais de justice, où même la plus haute autorité judiciaire, le procureur général, est bien incapable de donner des informations sur le lieu de détention de la victime.
Contrairement aux assertions répétées des autorités gouvernementales, les victimes de ces enlèvements par les services du DRS sont bel et bien transférées dans des centres secrets placés hors du contrôle de l’administration judiciaire censée les contrôler. En dépit des dénégations officielles, relayées par le président de l’Institution nationale des droits de l’homme (la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme), Me Farouk Ksentini, et par le chef de la mission permanente algérienne auprès de l’ONU, M. Driss Al-Jazaïri, force est de constater une nouvelle fois que les centres de détention secrète où des victimes de disparition sont torturées et détenues pour des périodes indéterminées existent toujours en Algérie.
Depuis les années 1990, les nombreux témoignages de personnes détenues au secret ont permis de répertorier des dizaines de centres contrôlés par le DRS, à tous les échelons de la hiérarchie, des antennes locales aux centres territoriaux de recherche et d’investigation (CTRI) dans chacune des six régions militaires, jusqu’au cœur de la « machine de mort » située à Alger, à Ben-Aknoun, le fameux « Centre Antar ». Les milliers de « disparus » des années 1990 sont passés en grand nombre par le labyrinthe de ces centres, où ils ont subi d’atroces tortures avant d’être assassinés.
Aujourd’hui, les victimes sont souvent enlevées directement par des agents du DRS du Centre Antar, où ils sont détenus dans des conditions inhumaines et soumis à des tortures. Ils réapparaissent en prison en tant qu’accusés de « soutien au terrorisme », sur la base d’aveux soutirés par la force. S’ils sont libérés, ils sont munis d’un document attestant une garde à vue légale de douze jours ou d’une détention administrative. Dans tous les cas, ils ont subi des menaces afin qu’ils ne témoignent pas des tortures subies.
Algeria-Watch dénonce une nouvelle fois ces graves violations des droits de l’homme de la part de l’État algérien, demande la libération immédiate de Othmane Abdellahoum et Rachid Kebli et appelle les instances internationales compétentes, en particulier le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de l’ONU, à intervenir auprès de l’État algérien pour qu’il mette fin aux disparitions forcées à et aux détentions arbitraires dans des lieux secrets.

dimanche 7 novembre 2010

Les relations algéro-italiennes au centre de la lutte des clans du Pouvoir algérien


Renvoyé depuis 2008, le second Sommet algéro-italien aura-t-il lieu un jour? La question taraude les milieux diplomatiques et le contexte aussi bien algérien qu’italien n’est pas propice à une relance effective des relations entre les deux pays.
On se souvient que le Premier ministre italien Silvio Berlusconi avait annulé sa visite en Algérie prévue pour le 19 octobre dernier. Officiellement, la raison évoquée était la méforme de Berlusconi qu’on disait toujours en convalescence après une intervention chirurgicale qu’il avait subie suite à une tendinite à la main gauche.
Une explication qui n’a pas convaincu grand monde puisque les protocoles d’organisation des visites de Chefs d’Etat requièrent un minimum de prévoyance et d’anticipation et les dates annoncées ne peuvent être annulées ou reportées au dernier moment, sauf pour des imprévus, ce qui n’est pas le cas pour la visite d’El-Cavalièré.
Du coup, l’affaire a vite pris les allures d’une «crise» entre Alger et Rome et les spéculations vont bon train. Dans les milieux diplomatiques, ce énième report du Sommet algéro-italien est perçu comme un dommage collatéral de l’enquête et du procès attendu de l’affaire Sonatrach. En effet, dans les scandales de Sonatrach, les firmes italiennes ont souvent été citées comme partie prenante aux présumées magouilles ayant entaché le processus d’attribution de marchés publics.
Le cas de la firme «Saïpem» est saisissant à cet égard avec un scénario à la hollywoodienne marqué par des attributions forcées de marchés publics déjà octroyés à d’autres entreprises, du favoritisme inexplicable et une escapade plus que douteuse de son patron Tullio Orsi qui a bien pris le soin de vider les caisses de son entreprise avant de rallier l’Italie.
Dans son livre «Histoires secrètes du pétrole algérien», Hocine Malti parle bien du cas «Saïpem». Il y raconte, notamment, que la firme italienne avait raflé, en Algérie, pour près de 20 milliards de dollars de contrats publics en moins de 3 ans. Une épopée tout à fait douteuse pour une société qui s’est installée en Algérie en 2005.
M. Malti explique aussi comment «Saïpem» s’est vu attribué un marché déjà accordé à la firme nippone JGC et comment cette dernière a du se plier à la volonté algérienne en contrepartie d’un autre projet. L’auteur explique qu’une telle accumulation de contrats et un tel favoritisme ne pouvaient qu’attirer l’attention du clan adverse, comprendre celui du DRS et du Général Toufik.
«Saïpem» a-t-elle servie de moyen de détournement à certains proches du clan présidentiel ? Le DRS veut-il capoter les relations entre Alger et Rome à cause d’une lutte d’influence sur le contrôle de la rente ? Tous les coups sont permis dans un contexte particulièrement agité, marqué par des luttes claniques au sein du pouvoir en préparation de l’après Bouteflika …

jeudi 30 septembre 2010

Filmé au lit avec un garçon, il se tue

Filmer peut tuer, vient rappeler un fait divers qui fait grand bruit ce jeudi aux Etats-Unis. Sur le campus de l’université de Rutgers, près de New York, deux étudiants s’étaient amusés pour bien commencer l’année à filmer et mettre en ligne les ébats homosexuels d’un de leurs camarades. « Je l’ai vu embrasser un mec. Yay. » écrivait le 19 septembre l’un des mouchards, Dharun Ravi, sur son compte twitter (les tweets ont été effacés depuis mais gawker les a retrouvés). Et Dharun de donner rendez-vous aux voyeurs pour le soir même : il avait promis à son camarade de chambrée de lui laisser la pièce jusqu’à minuit et s’attendait à un nouveau live show. 
Trois jours plus tard, Tyler Clementi, l’étudiant espionné, âgé de 18 ans, a laissé sur sa page Facebook un dernier message : « je vais sauter du pont gw, désolé ». Sa voiture et ses papiers ont été retrouvées près du pont George Washington, qui relie New York au New Jersey. Deux témoins ont vu une personne se jeter du pont ce soir là. Un corps vient d’être retrouvé. Mercredi, les parents de Tyler ont confirmé le décès, rappelant que leur fils était aussi un violoniste de grand talent. 
Deux étudiants soupçonnés d’avoir ainsi Tyler à se tuer ont été arrêtés, inculpés puis relâchés sous caution. Outre Dharun Ravi, il s’agit d’une autre jeune étudiante de première année, Molly Wei, 18 ans, dans la chambre de laquelle Dharun retransmettait les ébats de son camarade de chambrée. Tous deux encourent une peine maximale de cinq ans de prison pour « violation de la vie privée ».
Les associations de défense des homosexuels rappellent que cette histoire n’a rien de rare. 9 étudiants homo ou bisexuels sur 10 se disent victimes de tentatives d’intimidation lors de leurs études, avait montré une étude du Gay, Lesbian and Straight Education Network en 2007. Les jeunes homos ont aussi quatre fois plus de risques de se suicider que leurs camarades hétérosexuels, indique une autre étude réalisée au Massachusetts. Le site Democracy Now! a compté quatre suicides de jeunes étudiants harcelés à cause de leur homosexualité, rien que ce mois-ci.

vendredi 3 septembre 2010

Les citoyens ne sont pas surveillés mais protégés

Le système de télésurveillance adopté au niveau de la capitale ne porte en aucun cas atteinte aux libertés individuelles», a déclaré le chargé de la communication de la sûreté de wilaya d’Alger en marge d’une conférence de presse animée hier au siège de la sûreté de wilaya.
En réaction à la gêne manifestée par certains citoyens vis-à-vis des caméras de surveillance, ce responsable rassure du fait que les caméras sont utilisées essentiellement pour sécuriser.
Dans ce sillage, le responsable affirme que l’intimité des personnes est préservée. «Les citoyens ne sont pas surveillés, mais ils sont plutôt protégés. On ne fixe pas notre surveillance sur les personnes. De plus, notre système de surveillance ne peut pas accéder à l’intérieur des maisons», a-t-il précisé. Selon ses dires, le système de télésurveillance ne dévoile pas l’intimité des personnes à l’intérieur de leurs foyers. Dès qu’il s’agit de révéler ce genre d’images «la caméra est rendue floue automatiquement», a déclaré notre interlocuteur. Revenant sur l’objectif visé par ce projet qui est toujours en cours, ce chargé de la communication insiste sur le fait que le projet s’inscrit dans le cadre de la protection et de la sécurisation de la population de la capitale. «On ne l’appelle plus le système de télésurveillance, mais système de téléprotection. C’est un projet qui sera renforcé de jour en jour.
Il y a plusieurs moyens utilisés pour protéger les gens, parmi eux figurent les moyens technologiques tels que les caméras», a expliqué ce responsable de la communication. Par ailleurs, une autre question qui s’impose est celle relative à la présence en force des agents de police dans les différents quartiers d’Alger, y compris dans les endroits où les caméras sont fixées. Lors du début de l’installation de ces caméras, les citoyens s’attendaient à la réduction du nombre de policiers activant sur le terrain. Toutefois, la situation est toujours la même. Bien au contraire, le nombre d’agents de police s’est multiplié pendant ce mois de Ramadhan. D’après notre interlocuteur, les caméras de surveillance ne peuvent en aucun cas se substituer aux agents de police. «C’est le policier qui intervient sur le terrain. Cela n’est pas visible à l’étranger, mais la présence de l’élément humain est indispensable. Il y a une coordination entre ceux qui surveillent les caméras et les éléments qui sont sur le terrain. C’est un maillage de la capitale à travers ce dispositif», a-t-il révélé. Il mettra l’accent sur l’efficacité de ce système. «Pendant le Ramadhan, nous avons arrêtés au niveau de la rue Hassiba Ben Bouali un groupe spécialisé dans l’effraction des magasins de vente de téléphones portables grâce aux caméras mises en place. 

Djedjiga Rahman

Découverte

La principale richesse de l'Algérie, son pétrole et son gaz, n'est plus source de bonheur pour son peuple. La volonté d'accaparement de la rente pétrolière par ses dirigeants, politiques et militaires, a plongé des pans entiers de la société dans la misère, tandis que les jeunes n'ont qu'une envie : quitter le pays. Afin de pérenniser leur pouvoir, ces dirigeants ont mis en place, derrière une démocratie de façade, un régime qui ne repose que sur deux piliers : la corruption et la police politique.
Pour comprendre comment l'Algérie en est arrivée là, il est essentiel de connaître la dimension la plus ignorée de son histoire contemporaine : celle de son pétrole. C'est cette histoire que brosse dans ce livre Hocine Malti, qui participa comme jeune ingénieur à la création de l'entreprise algérienne des pétroles, la Sonatrach. Montrant comment les premières découvertes de gaz et de pétrole sahariens en 1956 ont conduit la France à prolonger de plusieurs années la conclusion de la guerre d'indépendance, il révèle aussi les dessous de la collaboration conflictuelle entre sociétés pétrolières françaises et le jeune État algérien dans les années 1960, jusqu'à la nationalisation de 1971 par Boumediene.
Riche de détails inédits et d'expériences vécues, ce livre explique comment les dirigeants d'un des pays leaders du tiers monde ont mis ensuite à profit la manne pétrolière pour garnir leurs comptes en banque et acheter le silence des grandes démocraties sur les dérives du régime, tuant ainsi dans l'œuf toute tentative d'expression démocratique en Algérie. Et comment les milliards de dollars des hydrocarbures sont toujours aujourd'hui au cœur des règlements de comptes permanents entre les différents clans du pouvoir.
Hocine Malti, ingénieur des pétroles, a participé à la création de la Sonatrach, dont il a été vice-président de 1972 à 1975. Conseiller du secrétaire général de l'OPAEP (Koweït) de 1975 à 1977, puis directeur général de l'Arab Petroleum Services Company (Tripoli) jusqu'en 1982, il est aujourd'hui consultant pétrolier.
Collection : Cahiers libres – 360 pages – 21 €
En librairie à partir du 2 septembre 2010 (En France pas en Algérie)

jeudi 2 septembre 2010

Irak, Bush, Brown : dans ses mémoires, Blair enfonce le clou


Alcool, sexe, règlements de comptes. Trois ans après avoir quitté le pouvoir, l'ancien premier ministre britannique publie ses mémoires, qui alternent entre ragots et cours magistral. Tony Blair défend son bilan. Il persiste et signe sur l'Irak, tacle son ex-meilleur ami Gordon Brown et ne tarit pas d'éloges sur son successeur conservateur David Cameron.
Depuis 2007, Tony Blair avait (presque) disparu du paysage britannique. Occupé à parcourir la planète, avec ses multiples casquettes d'émissaire onusien, d'avocat des bonnes causes et de consultant grassement rémunéré, il se montrait particulièrement discret dans son propre pays.

Les Britanniques sont toujours fascinés par Tony Blair

Aujourd'hui, avec la publication de ses mémoires, « A Journey » (« Un Voyage »), il fait un retour fracassant sur le devant de la scène. Son regard bleu acier s'étale à la une de tous les journaux. Il a donné à la BBC sa première interview télévisée depuis son départ du 10, Downing Street. Et quelques heures après sa sortie, le livre est déjà en tête des ventes sur Amazon.
L'ancien Premier ministre et son éditeur ont savamment entretenu le suspense autour de l'ouvrage, dont aucun extrait n'a filtré avant sa mise en vente simultanée dans plus de dix pays. C'est un pavé de 718 pages, au style direct, parfois approximatif, souvent naïf, par moments donneur de leçons.
L'auteur prend la peine de préciser qu'il a tout écrit, de la première à la dernière ligne. Comme pour se distancer du personnage peu flatteur qu'il a inspiré à Roman Polanski dans son film « Ghost Writer », qui met en scène un ancien premier ministre britannique (Pierce Brosnan) poursuivi par la justice internationale pour torture, alors qu'il est occupé à faire écrire ses mémoires par un nègre (Ewan McGregor).
Le tapage médiatique autour de livre témoigne de la fascination que continue à exercer Tony Blair au Royaume-Uni, où il séduit autant qu'il agace. Morceaux choisis, de l'Irak à la rivalité avec Gordon Brown, en passant par le gin tonic et le sexe.

Irak : « Je ne peux pas regretter »

Si c'était à refaire, Tony Blair n'hésiterait pas une seconde. En engageant son pays aux côtés des Etats-Unis dans l'aventure irakienne, l'ancien Premier ministre s'est aliéné l'opinion britannique. Mais il n'exprime ni remords, ni regrets :
« Je continue à penser que laisser Saddam Hussein au pouvoir présentait un plus grand risque pour notre sécurité que de le renverser. Je ne peux pas regretter la décision d'entrer en guerre.
Les renseignements sur les armes de destruction massive se sont révélés incorrects. Comment cela est arrivé reste un mystère.
Ce que je peux dire, c'est que jamais je n'ai pressenti le cauchemar qui allait suivre et cela aussi fait partie de la responsabilité. […] La vérité, c'est que nous n'avons pas anticipé le rôle d'Al-Qaïda ou de l'Iran. »
Loin d'amorcer une autocritique, Tony Blair, au contraire, enfonce le clou. Dans son interview à la BBC, il compare l'Irak de 2003 à l'Iran de 2010. Il va même jusqu'à préconiser le même remède :
« Avec l'Iran, nous avons exactement le même problème. Nous devons nous préparer à les affronter, militairement si nécessaire. Il n'y a pas d'alternative. »

Georges Bush : « Un véritable idéaliste »

Après l'invasion de l'Irak, Tony Blair a parfois été surnommé « le caniche de Bush ». Sa description du président américain ne fait rien pour effacer ce sobriquet :
« L'une des caricatures les plus grotesques à propos de George, c'est qu'il serait un illustre crétin arrivé à la présidence par hasard.
J'en suis venu à [l']aimer et à [l']admirer. […] C'était, d'une façon bizarre, un véritable idéaliste, […] d'une grande intégrité. »

Gordon Brown : « Exaspérant »

Depuis trois ans, Tony Blair s'est retenu de tout commentaire sur son successeur au poste de Premier ministre, Gordon Brown, qui avait été pendant dix ans son ministre des Finances. Aujourd'hui, il se lâche. L'animosité entre les deux anciens meilleurs amis va bien au-delà de tout ce qu'on pouvait imaginer :
« Etait-il difficile, parfois exaspérant ? Oui. Mais il était aussi fort, compétent et brillant, et je n'ai jamais cessé de respecter ces qualités.
Calcul politique, oui. Sentiments politiques, non. Intelligence d'analyse, absolument. Intelligence émotionnelle, aucune. »
Juste avant le passage de relais entre les deux hommes, les relations étaient tellement tendues que Tony Blair ne prenait plus Gordon Brown au téléphone. La seule chose qui l'a dissuadé de se débarrasser de cet encombrant rival, explique-t-il dans un aveu de faiblesse, c'est qu'il le jugeait plus nuisible à l'extérieur qu'à l'intérieur du gouvernement.
Avec Gordon Brown comme Premier ministre, les travaillistes couraient au « désastre », affirme aujourd'hui Tony Blair, quatre mois après le retour de la droite au pouvoir. Il tire à boulet rouge sur la politique de relance menée par son successeur. Il applaudit en revanche la campagne du Premier ministre conservateur David Cameron pour réduire les déficits :
« Si les travaillistes se contentent de dénoncer les coupes budgétaires des Tories et des “collabos” lib-dem, ça sera peut-être payant à court terme, mais ils perdront toute possibilité de revenir au pouvoir.
Il faut admettre que, depuis 2005, nous n'avons pas fait suffisamment d'efforts pour réduire les déficits structurels. Le danger pour le Labour est maintenant de dériver encore plus loin vers la gauche. »

« J'ai l'âme d'un rebelle »

Les bons conseils de Tony Blair tombent à point nommé, alors que le vote des militants pour désigner le nouveau chef du parti travailliste débute le jour même de la parution de ses mémoires.
Aucun des cinq prétendants en lice n'accueille d'un bon œil les recommandations de l'impopulaire ex-Premier ministre. Pas même le favori, David Milliband, pourtant présenté comme son héritier. Les conservateurs au pouvoir, au contraire, se félicitent des bons points qu'il distribue à l'actuel gouvernement de coalition.
Tony Blair est-il de gauche ? L'artisan de la « troisième voie », si décriée en France par Lionel Jospin, se plaît à brouiller les pistes :
« C'est vrai que ma tête peut parfois pencher du côté conservateur, spécialement sur l'économie ou la sécurité ; mais mon cœur bat toujours du côté des progressistes, et mon âme est, et sera toujours, celle d'un rebelle. »

« Gin tonic avant le dîner »

Tony Blair n'est pas infaillible. Pour tempérer la tonalité générale à l'autosatisfaction de ses mémoires, il a cru bon de les pimenter de quelques confidences sur ses vices supposés. Pour échapper au stress de la fonction, et notamment à ses relations tumultueuses avec Gordon Brown, l'ancien Premier ministre confesse avoir abusé de la bouteille quand il était à Downing Street :
« Un whisky sec ou un gin tonic avant le dîner, deux verres de vin ou même une demi-bouteille au dîner. Donc, rien d'excessivement excessif. J'avais une limite. Mais j'étais conscient que c'était devenu une dépendance. »

« Le sexe et la politique, c'est étrange »

Quand il apprend le décès du leader travailliste John Smith, le 12 mai 1994, Tony Blair sait que son heure a sonné. Avant de partir à la conquête du parti, il raconte sans pudeur la nuit torride qu'il passe avec son épouse :
« J'avais besoin de l'amour que Cherie me donnait. Je l'ai dévorée pour me donner de la force, j'étais un animal suivant mes instincts, tout en sachant qu'il me faudrait tout le pouvoir émotionnel et la capacité de résistance pour faire face à ce qui allait venir. »
Relatant les aventures extraconjugales d'un de ses ministres, il évoque le contrôle permanent auquel est soumis tout homme politique. Puis il se laisse aller à une mystérieuse digression :
« Il y a cette rencontre, tellement excitante, tellement coquine, qui échappe à tout contrôle de soi. Tout à coup, vous êtes transporté hors de votre monde d'intrigues et de machinations sans fin, de sérieux qui s'ajoute au sérieux, et vous vous retrouvez sur une île du plaisir, loin de tout, libre. »
« Le sexe et la politique, c'est étrange », concède Tony Blair. Avant de revenir à la réalité pour dénoncer un comportement « stupide » et « irresponsable ».

Michael Douglas: pire que prévu

L'acteur a reconnu au cours d'un show télévisé souffrir d'un cancer de la gorge au stade 4. A l'issue souvent mortelle. Michael Douglas parle de son cancer.
Tout sourire comme s'il participait à n'importe quelle émission «Late Show» de David Letterman! Pourtant, les propos de Michael Douglas, 65 ans, mardi soir, n'avaient rien de rassurant: l'acteur a confié qu'il souffrait d'un cancer à la gorge de stade 4. En clair, cela signifie que les métastases ont déjà quitté leur lieu d'origine.
Le pronostic vital restant des plus réservés.
Mais Michael Douglas, avouant que sa maladie était due à l'alcool et au tabac, a donné aussi une version optimiste du mal qui le ronge. «Je suis un traitement par rayons et une chimiothérapie depuis une semaine. J'enregistre déjà des progrès.»
Comme pour mieux exorciser les démons, le mari de Catherine Zeta-Jones a insisté sur le fait que, dans le cas d'une tumeur à la gorge, «les pourcentages de guérison sont bons. Il semble que ce soit 80%.»
En forme pendant l'émission
A la question de savoir comment il faisait pour avoir l'air en forme pendant l'émission, l'acteur a répondu avec panache: «Mais je suis sur scène!»
De son côté, l'épouse de l'acteur a reconnu dans une interview accordée à American TV que «Michael était tout le temps très fatigué, lui qui ne l'était jamais».

Wikipédia révèle le secret de « La Souricière » d'Agatha Christie


L'encyclopédie en ligne vient de dévoiler l'identité du meurtrier de « La Souricière », une pièce de théâtre de la romancière britannique Agatha Christie. Cette révélation fait trembler les planches de la scène du Saint Martin's Theatre, le théâtre londonien qui joue la pièce depuis 1952 et qui demande à ses spectateurs de ne pas révéler le dénouement de l'intrigue.
Depuis plus de trente ans, cette petite salle nichée au cœur du West End propose à ses spectateurs une pièce unique, « The Mousetrap », tout droit sortie de l'imaginaire d'Agatha Christie, reine de l'intrigue sauce british. Ecrite en 1947, « La Souricière » (titre français) est une œuvre inspirée d'un vieux fait divers : la mort, en 1945, d'un jeune homme alors qu'il séjournait chez des fermiers du Shropshire.
Tripatouillant l'affaire, Agatha Christie en fît une pièce moulée parfaitement pour un bon vieux Cluedo en mettant en scène plusieurs personnages sous le toit d'un vieux manoir. Naturellement, l'un d'eux meurt ; naturellement, le meurtrier est parmi le reste de la bande. Ça sent fort le pudding, le chandelier du Colonel Moutarde, le valet de chambre victorien et la moustache de Poirot. Comme on aime.

Pour préserver le secret, un seul théâtre joue la pièce

Rédigée au départ pour être racontée sur les ondes de la BBC, la pièce a finalement été adaptée pour le théâtre en 1952 à Londres, avec notamment Richard Attenborough au casting, mais n'a pas été publiée en Grande-Bretagne.
Depuis, la pièce a été jouée près de 24 000 fois dont une bonne partie sur les planches du théâtre de Saint Martin, qui a acquis ses droits « exclusifs » en 1974. En clair, la pièce ne peut être jouée qu'une fois par an hors les planches du théâtre de West End. Le motif de cette clause : protéger le secret de l'intrigue de « La Souricière ».
Pour préserver au mieux le nom du meurtrier, le Saint Martin's Theatre a recours à un procédé encore plus subtil. A chaque représentation, le public donne son accord pour ne pas révéler les ressorts de la pièce. Une condition qui permet de ne jamais tarir la source de nouveaux spectateurs.
Voguant tranquille sur son succès, le théâtre subit aujourd'hui les maudites affres de l'Internet. Sur le site Wikipédia, la fiche référençant la pièce met à mal le fameux secret en lançant quelques perches permettant de trouver facilement le nom du coupable.
Extrait de la forfaiture dans la version anglophone de la page Wikipédia :
« A la faveur d'un retournement de situation, le meurtrier se révèle être X [nous vous épargnons ici le nom du Mauvais, ndlr] qui en réalité n'est pas un _______ mais un tueur fou dont l'unique but est de venger la mort de son frère. »
Comme une pique adressée à la direction du théâtre Saint Martin, la note explique bien au préalable que « traditionnellement, à la fin de chaque représentation, il est demandé au public de ne pas révéler l'identité du meurtrier. »
L'affaire fait tressaillir le théâtre londonien, tant et si bien que Matthew Pritchard, petit-fils et unique héritier d'Agatha Christie, a demandé à Wikipédia de retirer le brûlant passage de la note :
« Cela a toujours dérangé ma grand-mère de voir que les fils de ses intrigues puissent être révélés dans les journaux -et je ne pense pas que cette situation soit vraiment différente. C'est dommage qu'une publication, si je peux l'appeler ainsi, gâche le suspense de la pièce. »
Le quotidien The Independent, qui relaie les propos du légataire d'Agatha Christie, indique par ailleurs qu'une pétition a été lancée pour demander à ce que Wikipédia retire les lignes incriminées.

Pour Wikipédia, il suffit de « ne pas lire la partie concernée »

De son côté, Wikipédia ne semble pas sourciller face à ces critiques. Pour un dirigeant de l'encyclopédie en ligne :
« Notre objectif est de récolter et de divulguer des connaissances et, dans ce cas, il est extrêmement facile de contourner la vérité sur l'assassin : il suffit de ne pas lire la partie concernée. Demander à Wikipédia de ne pas révéler l'intrigue équivaut à demander à un libraire de retirer de ses rayons les copies de “La Souricière” sous prétexte qu'on pourrait y aller pour lire le final. »
En attendant, pour ceux qui préfèrent ménager le suspense avant d'éventuellement faire le trajet jusqu'à Londres pour voir la pièce, la page française de Wikipédia ne donne aucun indice sur l'identité du meurtrier. 

mercredi 1 septembre 2010

Le Chinatown de la banlieue d'Alger crée des « embrouilles »


Boutique China numéro 152, dans la cité de Boushaki, à Bab Ezzouar, banlieue populaire d'Alger. Une Chinoise sort de son échoppe pour balayer l'entrée. Soudain, une bande d'ados locaux surgit de nulle part et s'en prend à la femme, apeurée : « Donne-moi un bisou », crie la dizaine de jeunes excités. « Voulez-vous coucher avec moi, madame la Chine ? », ajoutent-ils dans un éclat de rire.
Mounir, 17 ans, tente de lui voler un baiser. La Chinoise, la quarantaine, prise de panique, se défend en utilisant le manche de son balai. Elle invite les jeunes à la laisser tranquille. Sinon ? « Ça va mal se finir », prévient-elle en « chinarabe », un mélange de mandarin et d'arabe. Des insultes fusent de part et autre. La commerçante se réfugie finalement dans sa boutique et ferme son immense porte. Devant le nez des adolescents qui continuent à l'insulter.
Scène de tension quasi ordinaire dans le premier Chinatown du monde arabe, où les altercations sont régulières. « Je ne sors jamais sans mon couteau », témoigne le maçon Chu Jung, arrivé en Algérie il y a trois ans.
« Je n'ai pas peur du terrorisme islamique, mais des agressions gratuites dont la communauté chinoise est victime. »
Reste que ce Chinois de 34 ans, qui a quitté son Guangzhou natal, ne regrette pas d'avoir posé ses valises à Alger.
« Les Algériens sont racistes, mais mes affaires marchent du tonnerre ! Dommage que cette violence transforme ce petit paradis du business en enfer. »
Il y a quelques mois, des heurts dans la cité, où les immeubles poussent comme des champignons, ont failli se terminer en bataille rangée. L'ambassade de Chine a rapidement réagi et demandé aux autorités algériennes d'assurer la sécurité et la surveillance de ce gros village abritant plus de 300 familles chinoises.
Résultat : des Chinois reclus dans leur quartier, des Algériens qui veulent les déloger et des patrouilles de police omniprésentes.
Une pure perte, estime Samia. Pour cette Algéroise de la cité Boushaki, l'animosité ne fait que s'intensifier :
« Cela ne fait plus rire personne ici. On ne comprend d'ailleurs pas d'où sortent tous ces migrants asiatiques. Qui leur donne les permis de séjours et les autorisations pour ouvrir des commerces ? Pourquoi louent-ils à des prix exorbitants toutes les surfaces habitables ? »
Mais combien sont-ils ? Les autorités algériennes avancent le chiffre de 40 000 immigrés chinois dans le pays, notamment sur les chantiers de construction. En réalité, ils sont beaucoup plus nombreux. Les médias algériens avancent le chiffre de 100 000 personnes et leur présence est mal comprise dans une Algérie en panne, où le chômage touche 70% des moins de 30 ans.

Et combien de ces immigrés asiatiques résident à Boushaki, une rue bordée d'immeubles et de commerces, perdus au milieu de ce quartier de 100 000 habitants ? Les autorités ne le savent pas. Samia, elle, a sa petite idée : « Ils sont plus de mille. »

Reste qu'ils sont discrets. Dans ce quartier chinois, pas de pagode, ni de lampions rouges… Seuls quelques idéogrammes chinois inscrits en noir sur des murs en briques indiquent la présence d'une communauté étrangère dans cette rue crevassée où les immeubles décrépis succèdent aux boutiques « made in China ».
On y trouve de tout : des pantalons, des sacs à main, des tissus, des appareils ménagers, des sous-vêtements féminins, des jouets pour enfants, des porte-clés, des réveils, des chaussures, de la vaisselle…
Les magasins sont presque tous aux mains de commerçants originaires du sud de la Chine. Les échoppes ressemblent à des entrepôts où une foule d'Algériens cherchent la bonne affaire.
Boutique China numéro 99. Là vit un couple chinois avec un bébé de 6 mois. Sur les murs de leur large magasin sont accrochés des chemises et des rideaux de toutes les couleurs. Au fond de la pièce, deux machines à coudre industrielles prêtes à avaler le tissu. Dans le local, tout est à vendre.
Chez les Ning, le client est au paradis du pas cher. La chemise est cédée à 600 Dinars (6 Euros) alors que dans les souks d'Alger, le même produit coûte six fois ce prix.
Comme les Ning, les commerçants chinois sont très jeunes, ne parlent ni le français ni l'arabe. Lorsqu'un client pénètre dans le magasin, la conversation se résume à quelques gestes de la main. L'un désigne le produit qui l'intéresse ; l'autre griffonne le prix sur un bout de papier. Eventuellement, le dialogue se poursuit autour d'une liasse de dinars. Le paiement se fait toujours cash. Et les grossistes, comme les petits clients, affluent de toute l'Algérie.

Boutique China numéro 55. Lin Yong vend des chaussures et des sacs à main griffés « Giorgio Asmani », « Brada » ou « Louis Fuitton ». « L'imitation est grossière, mais payer un sac 900 Dinars (10 Euros), ça reste une aubaine », reconnaît Dahbia, qui est devenue une inconditionnelle du shopping chinois. Pour cette enseignante, les boutiques chinoises vendent des produits à des prix imbattables.

« Mais les Chinois ne m'inspirent pas confiance. C'est toujours embrouilles et magouilles. »
C'est faux, se défend Lin Yong :
« On sait que les Algériens ne nous aiment pas beaucoup. Mais on va leur donner du temps pour apprendre à nous connaître. On ramène de l'abondance à ce pays. »

 Bai Lee va plus loin. « On va retaper ce quartier », s'enthousiasme ce jeune homme qui étudie la langue arabe à Alger et travaille comme intermédiaire entre hommes d'affaires algériens et chinois.
« On va tout reconstruire, il faut absolument faire découvrir aux Algériens la culture et surtout la cuisine chinoise. Dans quelques années, ce sera ici le plus beau Chinatown du monde arabe. Beaucoup d'argent a déjà été investi. Il y aura des restaurants et des bars très bientôt. Ce sera la Chine dans toute sa splendeur. »
Chu Jung abonde tout en comprenant très bien la surprise des Algériens.
« Ils ne voient des Chinois que depuis cinq ans. Même moi, j'ai vécu un choc en arrivant dans cette société musulmane. Il faut toujours trouver la bonne langue pour communiquer. Parfois c'est difficile. »
« Les Chinois ne sont pas là pour nous, mais pour leur pays », peste un vieux du quartier, qui ajoute :
« Ils ne respectent pas notre religion, ils sont bruyants, ils boivent de l'alcool. Eux et leurs femmes portent des tenues dénudées. »
D'où certaines tensions dans ce quartier contrôlé autrefois par le Front islamique du salut (FIS). D'où aussi ce racisme ambiant.
A deux pas, une dizaine de petits Chinois jouent dans la rue. Ils courent. Rigolent. Se taquinent et profitent du soleil d'Alger. En toute insouciance. La présence chinoise en Algérie est là pour durer.

Adieu, monsieur le Professeur

Parce qu'il avait des lunettes rondes et l'analyse brillante, on l'avait surnommé le «Prof». Vaincu par le cancer, Laurent Fignon est décédé hier à 12h30.
«Valérie Fignon, son épouse, a la douleur d'annoncer le décès de Laurent Fignon aujourd'hui, mardi 31 août 2010 à 12h30, à l'hôpital Pitié-Salpêtrière. Ses obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité.» Le Tour de force du double vainqueur du Tour de France est terminé.
Touché dans son corps depuis mars 2009 (cancer des voies digestives), Laurent Fignon, 50 ans depuis le 12 août dernier, s'est battu jusqu'au bout. En juillet, chaque jour au micro de France Télévisions, il s'était cramponné, la voix usée, cassée par les traitements, le souffle parfois difficile, mais la passion intacte. «Une ombre plane sur moi. Elle est toujours là. Ne me quitte pas.» Trois mois après avoir appris la nature de son mal («mon médecin m'a annoncé au téléphone que des cellules cancéreuses avaient été détectées; j'étais au volant quand je l'ai appris»), Laurent Fignon avait rendu l'information publique: «Je me suis dit que parler de cette maladie, de montrer que j'allais me battre de toutes mes forces ferait du bien à certaines personnes.» Il avait dit, aussi, «mon corps veut me tuer, c'est ça le cancer, rien d'autre, c'est la traîtrise suprême». Et déjà il était reparti dans de nouveaux projets, comme le développement de ses centres d'entraînement dans les Pyrénées. Parce que champion il était né, champion il a vécu, en champion il allait partir. «Je n'ai pas peur. Mourir est inéluctable. J'y pense. Je ne sais pas dans combien de temps, peut-être dans quelques mois, dans un an ou plus...» C'est arrivé, comme toujours, trop tôt. Hier, à 12h30.
Laurent Fignon, c'était le panache, bien sûr, l'intelligence en course, aussi. Un puncheur offensif et réaliste à la fois. Double vainqueur du Tour de France (1983 et 1984) à moins de 24 ans, il avait été battu pour 8 secondes par Greg Lemond en 1989, lors d'une des plus belles levées de l'histoire de la Grande Boucle. Il avait aussi été privé de victoire dans le Giro (Tour d'Italie) en 1984, parce que, de l'autre côté des Alpes, on avait tout fait pour que triomphe Francesco Moser. Cinq ans plus tard, il prenait sa revanche en ramenant le maillot rose à Milan. «Si j'étais fait pour devenir un champion, je n'étais absolument pas fait pour devenir un homme public», dira-t-il quelques années plus tard, peut-être pour s'excuser de certains mots, de certaines réactions. «Quand j'étais coureur, tout le monde ne m'aimait pas et je m'en foutais. Moi, j'étais un mec honnête, qui disait généralement la vérité.»
La vérité, Laurent Fignon ne l'a pas biaisée quand il a dû parler du dopage (deux contrôles positifs aux amphétamines et à la cortisone): «A mon époque, c'était occasionnel, archaïque. On ne se rendait pas compte qu'on trichait.» Dopage, maladie, mort: le «Prof» a évoqué lui-même le lien hypothétique entre la prise de produits interdits et les conséquences sur sa santé: «Je ne vais pas dire que cela n'a pas joué. Je n'en sais absolument rien. C'est impossible de dire oui ou non. Mais, d'après les médecins, apparemment, c'est non.»
Et avec lui, non, c'était non. Et c'est pour cela qu'on l'adorait ou qu'on le haïssait. Qu'il était même devenu une espèce de monument après ce final du Tour de France 1989: «Le point de basculement de mon histoire, c'est cela. Un jour de tristesse insensée, un jour de défaite monstrueuse, inacceptable. Le seul jour de mon existence où quelques secondes devinrent l'éternité.»
C'est peut-être ce jour de juillet 1989 que les Français l'ont aimé le plus. Parce que, dans sa candeur, il était devenu un géant. Pour l'éternité.